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Dimension trash

samedi 16 janvier 2016, par Maestro

Artikel UNBEKANNT & Julien HEYLBROECK (1980-)

France, 2015

Black Coat Press, coll. "Rivière Blanche", 294 p.

Attention, âmes sensibles s’abstenir ! Dimension Trash est une anthologie rendant hommage à la fois à la mythique collection « Gore » du Fleuve noir, et à Trash éditions qui, depuis quelques années, a repris le flambeau. Le programme est donc sale, suant et sanglant, fait de stupre, de foutre et autres liquides internes, de sadisme et de pornographie, cherchant parfois à franchir les limites de la transgression.

Christian Vila, un vétéran de l’écriture, signe avec « Splash ! » un concentré d’horreur, où l’inceste et la misère sociale rencontrent la bonne vieille invasion extra-terrestre. L’histoire tient aisément en haleine, grâce à la force de descriptions crues et bien troussées. Le même livre, sous le pseudonyme transparent de Kriss Vilà, un second texte, « Eventration d’une grenouille », qui entretient également des liens avec la pauvreté et les marges de la société, exacerbation du rejet subi par les rroms et autres étrangers. François Darnaudet, dans « Femmes, plantes et autres machines cruelles », se promène du côté du conte, livrant des tableaux presque surréalistes, entre ces adolescents servant de réservoir de sperme jusqu’à ces plantes en forme de cul féminin attirant les nains trop curieux… Christophe Siébert, auteur de l’écoeurant Nuit noire, point extrême du genre, fait finalement preuve d’une certaine retenue dans « La vieille », évocation aussi crue que terrible des événements post-mortem.

« Kotok », de Brice Tarvel, pour sa part, donne l’impression d’un potentiel insuffisamment exploité, avec son personnage de force de la nature soviétique se retrouvant à la merci d’une enfant de dix ans, finalement plus psychopathe que lui. Quant à « Descentes d’organes », c’est un récit joliment écrit, mais qui demeure pour l’essentiel dans l’implicite, pouvant évoquer tout à la fois la victoire de la – longue – maladie que l’émergence d’une créature difforme ayant dévoré sa génitrice. On peut en rapprocher « White trash », de Artikel Unbekannt et Schweinhund, clin d’œil à tout l’écurie d’écrivains de la collection Trash, qui aligne bon nombre de formules éclatantes. Robert Darvel, à la prose toujours hallucinée, livre avec « Killing Joe D’Amato » un récit assez référentiel, où le gore se combine avec une atmosphère porno chic, sans pour autant que le lecteur y voit toujours bien clair dans les tenants et les aboutissangs de l’intrigue. « Gloriole au glory hole », de Guy Kermen, traite lui aussi de la pornographie, mais, disons-le, de façon quelque peu téléguidée, avec son personnage d’adolescente à dépuceler.

On trouve également dans cet ensemble quelques récits tournant autour de la fin du monde zombiesque. « Junkfood Rampage », signé Julien Heylbroeck, est un des plus savoureux (c’est le cas de le dire), avec son petit vieux amoureux des livres, qui tente de résister aux assauts d’un groupe de survivants difformes et cannibales. «  Zomb’s Short », de Zaroff, est assez sympathique lui aussi, proposant plusieurs tranches (sic) de vie, des situations sanglantes, cocasses même, ainsi de ce livreur de pizza continuant ses tournées en évitant les morts-vivants… « Nouvelle vie  », de Gilles Bergal, pour sa part, se place de l’autre côté, son narrateur étant le zombi lui-même, changement de perspective appréciable.

Dimension Trash réserve enfin quelques surprises, à l’image de cet « Epilogue du « Vivre ensemble »  ». Adolf Marx y imagine en effet le sort qui attend un jeune néo-fasciste, contraint de cohabiter en cellule avec un noir, ce dernier se muant finalement en compagnon d’horreur : forte d’un style travaillé et frappant, cette nouvelle est une manière de souligner l’impasse des replis identitaires, quels qu’ils soient… « La Veuve écarlate », quant à lui, fait preuve, osons-le dire, d’un certain raffinement esthétique, autour de son histoire de comtesse Bathory à la sauce nipponne. De dépaysement, il est aussi question dans « Sacré gril », de Nelly Chadour, qui aurait pu prendre place dans Dimension Antiquité, à ceci près qu’il est souvent insoutenable dans ses tortures diverses visant les chrétiens sous le règne de l’empereur Valérien ; appréciable reste en tout cas son message, celui d’une religion profondément masochiste… Sarah Buschmann, dans «  Tranche de nuit  », surprend son monde, tant son histoire n’est gore que par les décorations, les enjolivures, l’horreur se nichant en réalité dans une déchéance ordinaire, celle de cette prostituée camée à la cocaïne, qui, enlevée par un sadique, fait tout pour s’en sortir malgré tout. La chute est sans doute la plus glaçante du recueil, car la plus crédible. Un cran légèrement en dessous, mais assez proche dans l’esprit, « Je suis méchante » de Catherine Robert explore les racines familiales de la violence, avec le portrait d’une fille nourrissant une haine certaine pour son père alcoolique et violent.

Par contre, « Allegro ma non troppo », de Patrice Lamare, tourne quelque peu à vide, avec son spectacle de grand guignol. Il en est de même pour « Les immortels », de Charles Nécrorian, alias Jean Mazarin, une histoire d’horreur sur Mars qui ressemble fort à un mirage, avec ses hommes de verre dépourvus de réelle explication. On peut également trouver « Une heure à tuer » de Corvis quelque peu prévisible, même si sa séance de tortures est une succession d’horreurs tangibles. L’ensemble de ce Dimension Trash s’impose en tout cas comme un bel échantillon de ce que la transgression littéraire peut aujourd’hui nous offrir, quand bien même le public visé demeure un public de niche.


Pour commander Dimension trash suivez le lien vers les éditions Black Coat Press !

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