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Le Dieu sans nom

samedi 23 janvier 2016, par Maestro

Serge ROLLET

France, 2015

Black Coat Press, coll. "Rivière Blanche", 240 p.

Le Dieu sans nom est un recueil d’un auteur peu connu, dédié à un univers bien déterminé : celui engendré par H.P. Lovecraft, et repris par nombre de disciples. La moitié de l’ouvrage est occupée par le récit éponyme, novella plus que roman, qui voit un archéologue français confronté à une horreur immémoriale et antédiluvienne. Ayant participé au déplacement d’un antique temple maya afin de le préserver de la mise en place d’un lac de retenue, il est contacté par les membres d’une mystérieuse organisation, dont le but est de lutter contre les Grands Anciens. Car en déplaçant le temple, c’est un des plus puissants d’entre eux, Shub Niggurath, qui vient d’être libéré de ses chaînes. Le monde connaît alors des bouleversements majeurs, les insectes et les animaux menant de véritables offensives contre l’humanité, et ce n’est que par la collaboration avec un descendant des hommes-jaguars, anciens prêtres mayas, que la catastrophe pourra être enrayée. Cette histoire vaut surtout par certaines de ses descriptions, très visuelles, ainsi de l’attaque d’une quantité gigantesque de fourmis sur un village mexicain, mais ne surprendra pas vraiment les amateurs de Brian Lumley, dans la lignée de qui elle se place. Intéressant également, cette mise en cause presque altermondialiste de la technologie moderne, battue en brèche là où les savoirs ancestraux, traditionnels, se révèlent bien plus efficients.

Neuf nouvelles complètent le recueil, avec une inconnue : la date de rédaction de chacun des textes. « L’ennemi ancien » est une plongée dans l’horreur en pleine guerre du Vietnam, dans une atmosphère qui n’est pas sans rappeler celle du film Predator. Efficace, sans être très original. « L’ombre des docks » est plus notable, car il mélange la nouvelle « L’appel de Cthulhu » de Lovecraft avec l’énigme de Jack l’éventreur ; on y croise également un de Marigny, cette famille si largement utilisée par Brian Lumley, justement. Mais là où Serge Rollet se révèle finalement plus efficace, c’est dans le format court, en privilégiant le traitement personnel d’un sujet. Ainsi, « Baphomet » est un excellent récit autour d’une sculpture ramenée d’Orient au cours des croisades, avec une progression bien maîtrisée et une chute percutante ; « Le Portrait », quant à lui, est une variation autour de celui de Dorian Gray, traité ici sous un mode quasiment vampirique, avec beaucoup d’efficience ; « L’étranger », enfin, est remarquable par son entrée en matière, proche de celle de La Maison au bord du monde de William Hope Hodgson, et surtout par son dénouement, frappant. Dans un registre plus humoristique, on trouve « Le grand tirage », transposition du loto à l’échelle cosmique, et surtout « Conte de poivrot », une très sympathique histoire de chat, obstacle d’une redoutable invasion extra-terrestre. « Les successeurs » est plus amer, autour d’une histoire de survivant de l’antique civilisation de Mu, incompris par les humains d’aujourd’hui… Tout aussi tragique, « Les quatre saisons de l’apocalypse  » nous conte, au long de quatre moments différents, le sort du dernier humain sur Terre, improbable survivant d’un virus apporté de Mars. Il y a de la beauté dans cette ultime nouvelle, une profonde humanité dans l’adversité, et on ne peut s’empêcher de songer au texte de Jean-Pierre Andrevon, « Le monde enfin ». Quelques questions posées à l’auteur concluent en beauté un recueil fort recommandable, et pas seulement aux lovecraftiens confirmés.


Pour commander Le Dieu sans nom suivez le lien vers les éditions Black Coat Press !

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