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La Fin du rêve

samedi 27 février 2016, par Maestro

Philip WYLIE (1902-1971)

Etats-Unis, 1972, The End of the Dream

Le Livre de poche, 320 p., 1976

Attention, livre majeur ! Ouvrage posthume, d’un auteur peu connu, mais qui signa Le Choc des mondes, adapté au début des années 1950 par Hollywood, La Fin du Rêve est étonnant de prescience quant à la crise climatique dans laquelle nous nous débattons en nous y enfonçant de plus en plus, comme dans des sables mouvants. Certes, le livre est profondément didactique, et ressemble parfois davantage à un essai qu’à un véritable roman [1], d’autant que les deux principaux personnages sont spectateurs plus qu’acteurs. Néanmoins, il se révèle véritablement prophétique, tout en privilégiant un scénario catastrophiste afin de réveiller les consciences.

Tout commence en 2023, alors que l’humanité a vu disparaître 90% des siens. Artisan du renouveau, Will effectue pour son ami Miles un travail de synthèse des archives, afin de préparer un manuel visant à l’édification des nouvelles générations quant à l’aveuglement des sociétés industrielles. Ce sont donc des documents divers qui nous sont proposés sur le principe du collage, articles de journaux, rapports secrets adressés au président des Etats-Unis, autant d’élément qui dévoilent des événements particuliers, étapes de la catastrophe : fragilité des réseaux électriques, dont la saturation en plein blizzard provoque un pic de mortalité (un avion s’écrasant même sur un gratte-ciel de New York) ; pollution croissante des réseaux hydrographiques, jusqu’à faire exploser une rivière en plein Cleveland, au prix de dégâts comparables à ceux d’une bombe atomique ; fuite des déchets enfouis en sous-sol mais dont les dépôts se révèlent instables ; étouffement de New York par un nuage de pollution mortel, causant le décès de millions de victimes ; phénomènes provoqués par les quantités de produits chimiques déversés dans les océans, telle une maladie tuant les cultures de riz et provoquant famine puis cannibalisme, ou l’apparition d’une nouvelle forme de vie tueuse ; exploitation de l’Antarctique, provoquant formation de nuages de cendres et montée des eaux.

Dans cette succession de crises, les responsabilités sont plurielles. Il y a bien sûr les sphères dirigeantes et surtout économiques, indifférentes à la destruction de la nature et des océans, tant que les profits sont garantis. Philip Wylie cible en particulier l’énergie nucléaire, dont les centrales sont accusées de réchauffer les cours d’eau et de transmettre malgré tout de la radioactivité, ainsi que l’industrie militaire, contexte de guerre froide oblige (il évoque en particulier la propagation de recherches bactériologiques). Mais l’auteur met également en cause la population, intoxiquée par la société de consommation (une idée d’ailleurs reprise récemment par Marie-Monique Robin dans Sacrée croissance !), et refusant tout recul de son niveau de vie, toute décroissance, donc. Enfin, il rejette toute solution faisant appel à la technologie, cette dernière ayant des effets contre-productifs, susceptibles de déclencher des réactions en chaîne pires encore. Dès lors, la marche à l’abîme est inévitable, d’autant que les Etats-Unis renvoient la responsabilité de la pollution croissante sur la Chine (sic).


[1Non sans développements parfois curieux, ainsi de la crise morale engendrée par la révolution sexuelle des années 60, qui débouche sur une généralisation de la pornographie et une mise à bas de tous les tabous sexuels, une évolution que semble condamner l’auteur, même si les nouvelles générations paraissent s’en satisfaire assez naturellement...

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