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Le Train de la réalité et les morts du général

samedi 12 mars 2016, par Maestro

Roland C. WAGNER (1960-2012)

France, 2012

Gallimard, coll. "Folio SF", 272 p., 2015.

Le Train de la Réalité…, paru initialement chez L’Atalante, est la dernière création de Roland C. Wagner, brutalement disparu au début de sa sixième décennie de vie. Il s’agit en réalité d’un complément à Rêves de Gloire, son imposante uchronie, qui se déploie suivant le même type de structure éclatée. Les entrées sont multiples, autant d’itinéraires de vie, de segments d’existence, les brefs récits, centrés sur les assassins du général de Gaulle, point de divergence crucial de cet univers alternatif, alternant avec des histoires plus longues et consistantes. L’un des protagonistes découvre ainsi, par le biais de Jean-Paul Sartre et du milieu germanopratin, l’existence de la fameuse Gloire, dont la consommation conduit le premier à rencontrer Dieu, là où le second ne voyait que néant !

On saisit là toute l’ironie de l’auteur, qui, tel un diamant aux multiples facettes, explore sa création sous d’autres angles avec son style caractéristique. Autre personnage, celui d’un agent secret soviétique, en poste en France, sous la couverture d’un libraire dans les années 1950. Là encore, cette situation permet à Roland C. Wagner de faire un clin d’œil appuyé à la littérature de science-fiction de l’époque, et, partie de billard à trois bandes oblige, de retrouver un personnage central de Rêves de Gloire, Albert Camus. La seule femme de cette galerie offre à la fois un résumé de l’histoire de France de ces années 1968 autres, en même temps qu’une évocation finalement très proche des nôtres. Goûtant elle aussi à la Gloire, elle choisit un parcours de vie hétérodoxe, d’abord dans la contre-culture, à grands coups de happening et de vie en communauté, puis, à la suite du coup d’Etat militaire que connaît la France au début des années 1970 (une France également victime de l’école de Chicago), bascule dans la lutte armée, évoquant de la sorte l’itinéraire d’Action directe. Gloire, encore, dans le rapide aperçu du milieu punk algérois, la séquence du livre la plus travaillée (et difficile à lire !) sur le plan formel, rejointe par un texte initialement publié dans l’anthologie Utopiales 2011, plongée dans la vie agitée d’un groupe de rock’n roll en dérive entre France et Algérois. Plus fort, le récit d’un marginal en proie à une démultiplication de personnalités, histoire aussi dure que touchante.

Là où les certitudes se craquèlent, c’est lorsque les récits des assassins de de Gaulle se révèlent plus nombreux que la normale, et tout sauf concordants… Quoi de commun, en effet, entre des nostalgiques de la France pétainiste et des membres du MNA, dont le martyre subi de leurs frères ennemis du FLN est ainsi rappelé ? L’uchronie se poursuit d’ailleurs, comme si les points de divergence se multipliaient, dans la nouvelle finale, la seule (malheureusement) à posséder un titre : « Hocus Pocus » (paru en 2004 dans le recueil Le Dernier Homme), sous la forme d’un interrogatoire de police, nous présente un Charles Manson exécutant, après Sharon Tate, un personnage appelé une dizaine d’années plus tard à jouer un rôle important dans l’histoire des Etats-Unis. Le Train de la Réalité… est donc une déclinaison réussie de Rêves de Gloire, qui peut tout à la fois lui servir de prélude ou de postface.

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