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L’Impasse-temps

samedi 26 mars 2016, par admin, Maestro

Dominique DOUAY (1944-)

France, 1980

Les Moutons électriques, coll. "Hélios", 192 p., 2014.

Dominique Douay, un des auteurs les plus talentueux de la longue décennie 1968-1981, avait progressivement abandonné le terrain de l’écriture. Il y est revenu ces dernières années via quelques nouvelles, ainsi que par deux rééditions partiellement revues, Car les temps changent (réunion des nouvelles éponymes publiées à l’origine dans le recueil Cinq solutions pour en finir) et L’Impasse-temps, roman depuis longtemps épuisé. Un choix qui peut surprendre, car il ne s’agit clairement pas d’une des réalisations les plus ambitieuses de Dominique Douay : rien à voir, donc, avec ces petits bijoux que sont Strates ou La Vie comme une course de chars à voile.

Le récit est ici linéaire, et suit les aventures d’un trentenaire, Serge Grivat, dessinateur de BD à la vie insatisfaisante. A Paris pour quelques jours, il doit faire face à la séparation que lui impose sa maîtresse, mais en rentrant à son hôtel, il découvre un pseudo briquet dans sa poche, équipé d’un bouton capable d’arrêter la vie autour de lui. Le narrateur comprend très vite le pouvoir qui est le sien, et décide d’en profiter. On aura reconnu dans ce point de départ le mythe de l’anneau de Gygès, tel que Platon nous l’a transmis, relu ici sous un jour superlatif. Serge Grivat évolue en effet à travers ses contemporains stoppés en pleine action, et comme dans le Hollow Man de Paul Verhoeven, il s’affranchit peu à peu des règles morales : il assouvit ses pulsions sexuelles les plus perverses, stimulant d’autant sa libido jusqu’à devenir littéralement insatiable ; il amasse le maximum d’argent en fouillant les poches des plus aisés ; il va jusqu’à succomber à des pulsions cannibales.

Ces différents exemples apparaissent finalement moins originaux que son désir de reconnaissance artistique, qui, en une démarche proche du surréalisme, le pousse à agencer d’improbables tableaux en manipulant ses semblables (qui le sont d’ailleurs de moins en moins) et en les photographiant. Ses séjours dans ce temps arrêté finissent par créer une véritable addiction chez Serge Grivat, au point de bouleverser son métabolisme. Cette mutation est sans doute un des éléments du roman les moins convaincants, nettement moins que la ruine de sa vie « normale » auquel il préside. On peut aller jusqu’à lire dans le parcours tragique et en grande partie misanthrope de Serge Grivat celui de certains représentants de la génération 68, passés d’un sentiment de toute puissance à un isolement mortifère et égocentrique, parfaitement à l’unisson d’une des tendances du « cauchemar des années 80 », pour reprendre l’expression utilisée par François Cusset.

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