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Les Chants de Felya

dimanche 7 août 2016, par Maestro

Laurent GENEFORT

France, 1995-1996

Critic, Le Livre de Poche, 608 pages, 2016 (première édition sous cette forme en 2013).

Les Chants de Felya rassemble trois romans des débuts de la carrière de Laurent Genefort, publiés en leur temps dans la fameuse collection Anticipation du Fleuve noir, et que les éditions Critic ont choisi de remettre en valeur, ainsi qu’ils l’ont fait pour plusieurs œuvres de B.R. Bruss, Louis Thirion ou Bertrand Passegué.

Le Labyrinthe de chair nous permet de découvrir la planète Felya, peuplée de populations autochtones humaines, mais en proie à un processus de colonisation par des Terriens d’origine, ayant usé des Portes de Vangk pour s’y rendre. Lorin est un de ces autochtones, membre de la tribu des chasseurs de fer, récupérateurs des vaisseaux colons qui échouent au cours de leur décollage. Choisi par le chef de la tribu pour porter sur son visage le labyrinthe, symbole divin, il est en proie au doute, attiré par les Vangkanas. Lorsque la tribu est contrainte de migrer devant les modifications de leur écosystème, Lorin, chaperonné par son frère Diourk, doit expier ses fautes, et rejoindre par ses propres moyens la tribu. Les deux frères seront accompagnés, dans leur périple initiatique, par Soheil, membre d’une autre tribu. Mais une fois parvenu sur la côte opposée de l’unique continent de Felya, Lorin se rendra compte que sa tribu n’existe plus, ses membres passés sous la tutelle de la FelExport, l’entreprise en charge de l’exploitation des ressources de la planète. Dans ce roman, Laurent Genefort développe un de ses thèmes de prédilection, celui de la colonisation et de l’occidentalisation forcée des populations premières, celles de Felya évoquant ainsi celles de l’Amazonie. Pas de manichéisme dans ce traitement, puisque les traditions primitives sont parfois barbares. L’autre grand intérêt du Le Labyrinthe de chair, c’est sa description de la faune et de la flore locales, Genefort privilégiant des termes proches de ceux que l’on connaît, afin d’amener en douceur le lecteur à appréhender des mécanismes naturels autres, toujours très réalistes. Autant d’éléments qui compensent le côté un peu trop linaire du scénario.

De Chair et de fer, publié la même année, est la suite directe du précédent. Soheil et Lorin se sont installés dans un village, et attendent leur premier enfant. Mais le jour où les milices de la FelExport viennent les évacuer, Lorin préfère pousser sa compagne à s’enfuir, lui-même se retrouvant capturé, puis décidant, comme pis-aller, de s’engager dans les fameuses milices. Dès lors, il va devoir participer aux opérations visant à chasser ou même tuer les populations autochtones, s’interrogeant dès lors sur sa nature : est-il toujours un primitif, ou succombe-t-il à l’appel des Vangkanas ? Sa foi escopalienne toute fraîche est-elle vraiment sincère ? Et que dire de son contact avec les scaras, une forme de vie insectoïde qui semble viser la symbiose avec d’autres espèces ? De Chair et de fer permet à Laurent Genefort de dénoncer une fois de plus le néo-colonialisme, l’exploitation des richesses du Sud, tout en déclinant un certain antimilitarisme ; sans oublier l’anticléricalisme, visant ici les deux principaux monothéismes. Il faut y ajouter cette invitation à l’ouverture, à l’acceptation de l’altérité, symbolisé un peu malgré lui par Lorin, dans un dénouement qui ne manque pas de surprendre.

Lyane, le dernier des trois romans, se déroule treize ans après les événements de De Chair et de fer. Il est centré sur la fille de Soheil et Lorin, Lyane, que pourchassent à la fois la FelExport et des dirigeants de l’Eglise escopalienne. L’intrigue est dynamique, ménageant un certain nombre de surprises et de rebondissements. On en apprend encore davantage sur les primitivistes (la vie sur un radeau, seulement esquissée dans le précédent roman, a droit à des développements plus détaillés) et sur l’écosystème de Felya, spécialement dans la chaîne de montagnes, la Barrière noire, où trouve refuge Lyane. Cette forme de vie originale que sont les Vers stimule l’intérêt du lecteur, tandis que le lieu abrite également les origines de la terraformation de la planète. Les éléments abordés dans De Chair et de fer trouvent dans Lyane une forme de dénouement au moins provisoire, à travers cette confiance placée dans la symbiose, version extrême de l’ouverture aux autres espèces, et seul moyen ici de combattre les multimondiales. Ces dernières, à travers l’exemple de la FelExport, sont une fois de plus clairement condamnées, soucieuses de leur seul profit au détriment des populations autochtones, et si la pollution était un des principaux sujets de De Chair et de fer, c’est ici la répression à travers l’usage de milices privées et contre les luttes sociales croissantes qui est visée.

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