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AVRIL ET LE MONDE TRUQUE

dimanche 22 janvier 2017, par Maestro

Christian DESMARES & Franck EKINCI

France, 2015

Avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Marc-André Grondin, Bouli Lanners, Anne Coesens.

Le premier atout d’Avril et le monde truqué, c’est de donner vie à l’univers graphique si particulier et unique de Tardi, de manière bien plus fidèle et convaincante que sa transposition cinématographique par Luc Besson ; on est d’ailleurs ici tout aussi proche d’Adèle Blanc-Sec que du Démon des glaces. Le second tient à la nature de son scénario. La disparition inopinée de Napoléon III, au début du métrage et à la veille de la guerre avec la Prusse, ouvre en effet sur une uchronie, dont l’exposition prend d’ailleurs un temps certain. Pas de conflit franco-prussien, une domination des Bonaparte maintenue sur la France, mais le plus gros changement tient à la disparition inexpliquée des plus grands savants. Leur absence empêche des découvertes majeures, ce qui fait qu’en 1931, date à laquelle se déroule l’intrigue du film, la société en est restée à l’âge de la vapeur, usant à une vitesse plus importante que dans notre continuum historique les ressources naturelles.

Une guerre est justement sur le point d’opposer la France et l’Amérique du nord pour le contrôle des forêts canadiennes. Avril (la voix de Marion Cotillard) est la fille d’un couple de savants, menant leurs expériences en secret, et poursuivant ce faisant un projet familial, débuté par les recherches de leur aïeul, le même qui fit disparaître par accident Napoléon III. Leur objectif semble toucher au but : là où l’arrière-grand-père d’Avril n’avait réussi qu’à donner la parole à certains animaux, ses parents et son grand-père pensent avoir réussi à synthétiser un sérum d’invulnérabilité. Une descente de police les oblige à prendre la fuite, ce qui nous donne l’occasion de découvrir de très belles vues aériennes de ce Paris alternatif. Avril se retrouve finalement orpheline, et dix ans plus tard, en 1941, toujours accompagnée de son chat parlant Darwin, elle tente de redécouvrir le sérum élaboré par ses parents disparus. Retrouvée par les mêmes qui enlèvent les savants, elle entame une fuite qui la conduira jusqu’à eux et à l’étonnante vérité…

Les marqueurs du steampunk et plus largement du merveilleux scientifique sont nombreux : véhicules mus par des chaudières à vapeur (dont ces trains téléphériques), savants fous, animaux équipés d’appareillages d’espionnage, monde souterrain, statue géante de Badinguet à la place d’un Sacré Cœur inutile, jusqu’à quelques clins d’œil, comme au film Metropolis ou à Jules Verne (la maison sur pattes de Prosper Franklin). Sur le plan de l’animation, le dessin aurait peut-être mérité davantage d’approfondissement, en particulier sur certains plans larges, qui se révèlent souvent trop statiques, manquant de mouvement et de vie. Quant au message du film, il est sans doute un peu trop évident et consensuel : la société industrielle engendre la destruction de la nature. Impossible de ne pas faire le parallèle avec la référence du genre, les créations de Miyazaki, celui de Nausicaa de la Vallée du Vent ou du Château dans le ciel. La poésie de celui-ci n’est toutefois pas aussi intense dans Avril et le monde truqué, plus axé sur l’humour et dont les créatures reptiliennes humanoïdes frisent la faute de goût, d’autant qu’on ne comprend ni leur nature exacte (sauf dans le making of du film), ni leurs motivations. Cela n’empêche pas le final d’être fort joli, entre mutations d’un intérieur quotidien et nouvelles télévisées, évoquant l’ensemencement des astres voisins…

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