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L’Hexagone halluciné

dimanche 29 janvier 2017, par Maestro

Ellen HERZFELD, Gérard KLEIN (1937-) et Dominique MARTEL, dir.

France, 1988

Le Livre de poche, coll. "La grande anthologie de la science-fiction", 416 p.

Second volet de la Grande anthologie de la SF sur les quatre dédiés à la France, L’Hexagone halluciné (titre déjà partisan !) couvre la période 1971-1978, particulièrement riche, mais avec moins de pages que le volume suivant, La Frontière éclatée… Il faut dire que la préface taille à la serpe dans une masse de nouvelles spécialement abondantes en raison du grand nombre de revues et d’anthologies : l’influence de Mai 68, « Peut-être l’est-elle davantage dans d’autres textes qui, parce qu’ils exprimaient de trop près l’air du temps, ont moins bien vieilli et n’ont donc pas trouvé place dans notre sélection » (p.5). La condamnation est d’ailleurs sans appel : « L’effet de Mai 68 se fera sans doute le plus sentir à travers une sorte d’école lancée par Bernard Blanc et éditée par Rolf Kesselring (…) qui exprimera l’air du temps écologique et politique, mais qui n’échappera malheureusement pas à la naïveté et -paradoxe- au conformisme des idées et de la forme [on aurait voir cités quelques exemples concrets !]. Elle conduira, hélas, la majeure partie du public à se détourner d’une SF française injustement confondue avec cette unique tendance, certes bruyante et active, mais tenue avec quelque apparence de raison pour sermonneuse et ennuyeuse » (p.8). N’en jetez plus ! Il est d’autant plus contestable d’écarter de manière arbitraire tout un pan de la production nationale que dans le même temps, on incorpore une nouvelle de Jacques Goimard, « Les Vingt-quatre heures du temps », amusante, mais très courte et mineure, ainsi que « Sous les cendres », du maître d’œuvre Gérard Klein, qui décline un thème surtout caractéristique de la SF de l’âge d’or anglo-saxon, celui de l’homme devenu dieu aux yeux des robots… On peut d’ailleurs en dire autant de Francis Carsac, car « Le dieu qui vient avec le vent », malgré une narration plurielle, à angles variés, ne surprend guère par son intrusion d’un passé préhistorique dans l’époque contemporaine, même sur une autre planète.

On peut également déplorer la sélection de trois récits tournant autour de la même thématique, le doute et la remise en cause de la réalité telle qu’on la conçoit habituellement : « Solipsisme » de Michel Leriche (déclinaison d’une thématique jeuryenne, en moins brillant, avec une société anticulturelle qui se noie dans la réalité virtuelle, et des rebelles qui se réfugient finalement eux aussi dans un éden isolé et parallèle) ; « Thomas », de Dominique Douay, plongée alambiquée dans les profondeurs de l’esprit humain ; et «  Simulateur ! Simulateur ! » de Jeury, récit « halluciné » pour le coup, et relativement abscons. La fibre politique de la SF de cette époque est toutefois sensible à travers bien des textes de ce recueil. Ainsi, le corrosif Patrice Duvic, dans « A.C.E. », concrétise par une œuvre d’art mouvante la métaphore d’une croissance aveugle qu’il devient impératif de stopper, non sans imaginer au passage une société gavée de médicaments devenus drogues dures et qui oblitère artificiellement tout souvenir douloureux, une société de l’instant présent bloquée dans un mouvement perpétuel (la mobilité professionnelle et résidentielle fréquente étant valorisée) et artificiel. Philippe Curval et ses « Passions sous les tropiques » (publiée initialement dans Les Soleils noirs d’Arcadie puis dans Le Livre d’or de la science-fiction qui lui fut consacré) critique le pouvoir religieux à travers une passionnante uchronie. Bernard Mathon, avec « Un Vamasur nommé Palisir », non content de proposer des jeux typographiques idéaux pour mettre en scène les délires engendrés sur l’organisme humain et informatique par des drogues, inverse à l’excès la domination masculine à travers un matriarcat exclusif qui exploite les prolétaires mâles. La dominante pessimiste est incarnée par un extrait des Prédateurs enjolivés de Pierre Christin (« La vallée des autres »), le saisissant « La mouche et l’araignée » du surdoué Brussolo, et «  Scant  » d’Andrevon, une nouvelle qui inspire le recueillement et condamne « (…) cette technostructure dévorante qui enferme l’homme, le plie toujours davantage dans un piège d’autant plus redoutable qu’il a les contours de la félicité » (p. 356). Un recueil à compléter absolument avec le premier tome des Enfants du mirage de Richard Comballot.

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