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L’Homme qui mit fin à l’Histoire : un documentaire

dimanche 5 mars 2017, par Maestro

Ken LIU (1976-)

Etats-Unis, 2011, The man who ended history : a documentary

Le Bélial’, collection "Une Heure-Lumière", 2016, 112 pages.

Ken Liu s’est d’ores et déjà imposé comme un auteur d’importance avec son recueil de nouvelles La Ménagerie de papier. La novella L’Homme qui mit fin à l’histoire est pour sa part un texte aussi dense que passionnant.

D’abord par sa forme. S’inspirant de Ted Chiang, Ken Liu choisit le principe du documentaire vidéo, le montage permettant de passer des personnages principaux à divers spécialistes interviewés, sans oublier des extraits des sessions d’une commission du Congrès des Etats-Unis et des remarques de gens du commun, tendance très actuelle des médias télévisuels. Le récit vaut ensuite et surtout par son fond. Une scientifique nippo-américaine a mis au point un procédé de voyage dans le temps, basé sur la physique quantique ; les personnes qui l’utilisent ne peuvent cependant être que spectateurs des événements, et surtout, ces derniers sont comme effacés après une unique vision. Le mari de la dite scientifique, hanté par les crimes de l’unité 731, souhaite en effet aboutir à ce que les victimes soient enfin reconnues comme telles, et que les puissances impliquées dans ces méfaits, le Japon bien sûr, mais également les Etats-Unis, reconnaissent enfin leur pleine et entière responsabilité. Malheureusement pour lui, la multiplication des plongées dans le passé de descendants des victimes de ces « expériences » médicales n’aura pas les résultats qu’il escomptait…

Avec L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu nous invite à une véritable réflexion sur le travail d’historien, en résonnance avec le problème négationniste, mais sur un sujet encore peu connu en Europe. L’auteur s’est très sérieusement documenté sur la question, et les descriptions cliniques qu’il fait de certaines de ces « expériences » laissent sans voix. Ce faisant, il nous éclaire sur un pan d’histoire crucial -les atrocités japonaises-, soulignant les complicités des grandes puissances et écartant certaines idées reçues (le traitement des prisonniers japonais par les communistes chinois, loin du légendaire lavage de cerveau). Le lecteur découvre également la complexité du travail de mise en écrit de l’histoire, la question des sources, légitimes ou non, le poids des considérations géopolitiques, et ce texte souligne l’importance des témoignages pour un sujet sur lequel les preuves écrites et matérielles manquent cruellement, une forme de légitimation de l’histoire orale, désormais entrée dans le registre historiographique. Un reflet, également, de l’âge de la compassion qui est le nôtre aujourd’hui.

Mais les conséquences définitives du procédé de voyage temporel incitent à hésiter sur son utilisation, d’autant que le résultat ne peut être directement partagé par tous… Le dénouement du récit est tout simplement superbe de par son ampleur cosmique, une façon de prolonger nos vies vers une forme d’éternité : les deux dernières pages sont d’une telle beauté qu’elles mériteraient d’être reproduites dans leur entier.

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