Accueil > BDSF > Jour J > La Ballade des pendus

La Ballade des pendus

samedi 11 mars 2017, par Maestro

DESSIN : Lajos FARKAS

SCENARIO : Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU

Couleurs : THORN & Jean-Paul FERNANDEZ

Delcourt, coll. "Néopolis", 2016, 56 p.

France, 2016.

Delcourt, Série B, 66 pages.

Depuis le tome 24, la série uchronique Jour J a décidé de faire escale au Moyen Âge. Et après un diptyque Stupor Mundi / Notre Dame de Londres, en voici un autre, tant La Ballade des pendus laisse de questions en suspens sur cet univers, qui sera sans doute approfondi dans Le Dieu vert. Le point de départ de cette nouvelle aventure apparaîtra relativement familier aux férus d’uchronies : la peste noire a en effet eu des conséquences démographiques bien pires que celles qu’on lui connait dans notre temporalité, à l’image de ce que Robert Silverberg avait imaginé dans La Porte des mondes (dont la récente édition intégrale proposée par Mnemos est un must). Toutefois, là où l’écrivain étatsunien se centrait sur le sort alternatif d’un Nouveau Monde offensif, Fred Duval et Jean-Pierre Pécau ont préféré se pencher sur l’empire du Mali, celui-là même qui avait fait une entrée dans les programmes d’histoire de collège aussi appréciable que son éviction dans les derniers en date fut scandaleuse…

Nous sommes en 1473, en pleine crise de succession pour la couronne de France, sur laquelle lorgne le duc de Bourgogne, désireux d’évincer la dynastie des Valois. Au cœur de ce contexte sensible, une ambassade malienne débarque à Marseille. L’accompagne jusqu’à Paris Jacone, un peintre méconnu de notre continuum, qui a ici bénéficié d’une longévité accrue. Mais la principale héroïne de l’album n’est autre que Jeanne, une Jeanne d’Arc alternative, à la tête d’une compagnie de mercenaires. D’abord menacée d’être pendue, avec tous ses compagnons, par le duc de Bourgogne, elle finit par servir d’escorte à l’ambassade de Mansa Moussa. Le voyage jusqu’à Paris est l’occasion de découvrir en partie cette autre Europe, où certaines villes sont devenues maudites, seulement hantées par des populations ayant régressé, et où la religion chrétienne n’est plus que l’apanage d’une minorité de gens, la majorité lui préférant le mystérieux culte du dieu vert…

Pas de caricature dans La Ballade des pendus, car bien que le Mali soit visiblement considérablement plus riche que les royaumes européens, il n’en retire aucune forme d’hégémonie quelconque. En fait, l’album esquisse des idées intéressantes, mais sans les approfondir suffisamment. L’imbroglio politique exposé à Paris parlera surtout aux familiers de l’histoire de France (avec François Villon en guest star peu à son avantage), et le statut dont bénéficie Jeanne, celui de dirigeante d’une compagnie, demeure incompréhensible sans l’aide du Dauphin Charles VII… On en retiendra surtout, outre le graphisme léché des scènes de combat ou de Notre Dames envahie par la végétation, l’idylle homosexuelle entre Jeanne et la chef des Amazones de l’ambassadeur, véritable symbole multiculturel d’ouverture et de tolérance, aussi bien ethnique que sexuelle, une problématique éminemment actuelle.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?