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Station Eleven

dimanche 9 avril 2017, par Maestro

Emily St. JOHN MANDEL (1979-)

Canada, 2014

Payot & Rivages, 2016, 480 p.,

Emily St. John Mandel est une auteure qui ne fait pas partie du sérail de la science-fiction, de ses initiés maîtrisant ses codes et son histoire (la seule référence nommément citée par l’auteure est Le Passage, de Justin Cronin). Ses romans traduits jusqu’à présent développaient plutôt des histoires de vie, dans un cadre réaliste ou légèrement thriller. Station Eleven est donc sa première incursion en SF, et de prime abord, on pourrait se dire qu’elle ne brille pas par son originalité. Est en effet mise en scène une fin du monde plutôt traditionnelle, provoquée par une pandémie foudroyante, ne laissant à la surface du globe que fort peu de survivants. Les lendemains post apocalyptiques voient des groupes se constituer, avec les classiques communautés sectaires et/ou agressives vis-à-vis d’autrui. Un élément appréciable est toutefois à noter : l’accent mis non sur l’homme (re)devenu un loup pour l’homme, mais sur la solidarité et la constitution de collectifs équilibrés et paisibles, vivant une vie sereine dans un cadre rural déserté par la technologie.

L’action est par ailleurs cantonnée à une échelle géographique réduite, à proximité de quelques Grands Lacs, à cheval sur la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Tout au moins l’action future, car le roman consacre au moins autant de place, sinon davantage, à son intrigue contemporaine. Station Eleven débute en effet quelques heures avant le déclenchement de la grippe tueuse à Toronto, lorsqu’au cours d’une représentation du Roi Lear, l’acteur principal meurt, victime d’une crise cardiaque. Et pas n’importe quel acteur, puisqu’il s’agit d’Arthur Leander, célèbre figure d’Hollywood. Tous les personnages dont le lecteur suit alors les parcours de vie sont rattachés, de près ou de loin, à cette figure tutélaire : sa première épouse, Miranda ; l’homme ayant tenté de le réanimer, Jeevan ; son fils Tyler ; Clark, son meilleur ami, ou encore Kirsten, jeune enfant ayant joué un rôle de figurante dans la pièce. Par le biais d’aller-retour dans le temps, celui d’avant et d’après la catastrophe, nous découvrons les complexes relations sentimentales d’Arthur Leander, avec une surprise bienvenue intervenant vers la fin du roman…

Pour le reste, la prose est entraînante et classique, ce qui intéresse Emily St. John Mandel demeurant ces vies de hasard, les regrets que l’on traîne avec soi, les deuils et les joies. Deux idées s’avèrent particulièrement intéressantes, même si elles ne sont pas pleinement exploitées tout au long du roman : la BD de science-fiction élaborée par Miranda, qui s’intitule justement Station Eleven, faisant office de mise en abyme ; la Symphonie Itinérante, ensuite, troupe d’acteurs et de musiciens dont fait partie Kirsten, apportant une ouverture culturelle aux survivants tout en leur ouvrant une fenêtre sur un passé enfui. Station Eleven est au final un roman dont les éléments science-fictifs pourront sembler trop superficiels aux amateurs du genre, mais qui sait se rendre très attachant par son exacerbation, sa maîtrise des comportements et des relations humaines.

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