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La Clef d’argent des Contrées du rêve. Onze clés oniriques révélées

dimanche 30 avril 2017, par Maestro

Collectif

France, 2017

Mnémos, 256 pages.

En ce printemps 2017, les parutions autour de Lovecraft se multiplient : la réédition du Cthulhu ! de Patrick Marcel chez les Moutons électriques, une monographie collective inédite chez ActuSF, la traduction d’un recueil de nouvelles en hommage au mythe de Cthulhu chez Bragelonne, et cette anthologie française proposée par Mnémos. La dizaine d’auteurs ayant participé à l’entreprise devait inventer une histoire se déroulant dans les Contrées du rêve, cet univers créé par Lovecraft et arpenté le temps de quelques nouvelles (d’ailleurs récemment rééditées en un volume unique par Mnémos, justement), mais qui a considérablement été approfondi par d’autres auteurs, Brian Lumley en particulier, sans oublier les jeux de rôles (le supplément éponyme de L’Appel de Cthulhu reste un petit bijou, et Kadath, le guide de la cité inconnue, splendide ouvrage, se ressent également de cette influence rôliste).

Les dix principales nouvelles oscillent en général entre le bon et le très bon. « Urjöntaggur » de Fabien Clavel vaut principalement par sa forme, épistolaire, lui servant à évoquer le sort d’un officier colonial du début du XXe siècle, ayant découvert en Afrique puis en Australie des vérités qu’il aurait mieux valu laisser enfouies. « Le rêveur de la cathédrale », de Philippe Ward et Sylvie Miller, possède un point de départ inattendu, la nécropole de Saint-Denis, où travaille le rêveur chargé de sauver Randolph Carter des griffes du Chaos rampant ; la chute est classique, mais efficace. Raphaël Granier de Cassagnac, un des auteurs de Kadath, le guide de la cité inconnue, illustre dans son court « De Kadath à la Lune » la magie des mots, l’ensorcellement que produisent ces vocables singuliers imaginés par Lovecraft, pour un récit tout en suggestion. D’atmosphère, il est également question dans « Caprae Ovum » d’Alex Nicolavitch, quête d’un être fasciné par le culte de Shub Niggurath, mais le rendu final s’avère moins réussi que pour la nouvelle précédente. « Les chats d’Ulthar », de Morgane Caussarieu, prend le parti pris narratif d’un de ces félins domestiques, désireux d’accéder au refuge des Contrées du rêve : il découvrira lui aussi que leur nature est loin d’être aussi lisse et simple qu’on peut l’imaginer.

Vincent Tassy, dans « Le baiser du Chaos rampant  », se rapproche de la beauté lyrique de Raphaël Granier de Cassagnac, osant même, comme Roland Wagner en son temps, enrichir la biographie du Reclus de Providence. Autre très beau texte, « Le Tabularium », de Laurent Poujois, quête ardue d’une Bibliothèque mythique, un récit d’une grande richesse et à l’inventivité foisonnante, que l’on a plaisir à relire et à prolonger. « Le corps du rêve » de Neil Jomunsi aborde la question de l’identité et de l’adaptation aux contrées du rêve, un texte qui possède une certaine résonnance avec l’actualité migratoire… Timothée Rey a choisi pour sa part de traiter « Ylia de Hlanith » sous la forme poétique, une originalité doublée d’un second degré qui rend le résultat fort réjouissant. Plus anecdotique, « Mkrahow » de David Calvo est à la fois court et pas toujours très adroit sur le plan stylistique. La Clef d’argent des Contrées du rêve se clôt par un document censé être inédit (et écrit par David Camus, traducteur de Lovecraft), des extraits de carnets de voyage de l’authentique Randolph Carter, brossant le portrait de certaines des régions de l’univers onirique. Bien que dispensable, cette ultime contribution ne dépare pas dans un recueil fort agréable pour tous les amateurs lovecraftiens.

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