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2312

dimanche 26 novembre 2017, par von Bek

Kim Stanley ROBINSON

Etats-Unis, 2012

Actes Sud, 2017, 624 p.

Au début du XXIVe siècle imaginé par Kim Stanley Robinson, pour fuir une Terre frappée par le réchauffement climatique et l’épuisement de ses écosystème, l’humanité a depuis deux siècles colonisé le système solaire depuis les Vulcanoïdes jusque Neptune en passant par les satellites de Saturne comme par les astéroïdes. Sur Mercure, dans la cité itinérante Terminateur, Swan Er Hong pleure sa grand-mère Alex, laquelle s’était impliquée dans des projets confidentiels auxquels Swan est amenée à participer sans en connaître la nature. Délivrant d’abord des informations détenues par son ordinateur quantique intégré, elle fait la connaissance du saturnien Wahram et parcourt, avec ou sans lui, le système solaire, mais c’est avec lui et sur Mercure qu’elle manque de mourir quand des inconnus s’en prennent à Terminateur. Bien décidée à découvrir le fin mot de l’histoire et à accomplir le dessein de son aïeule, Swan reprend ensuite son itinérance.

C’est la faveur de celle-ci que le lecteur prendra conscience de la richesse inventive de 2312 et il ne s’étonnera pas de son obtention du prix Nebula, prix décerné par l’association américaine des auteurs de SF et de fantasy, et c’est d’ailleurs en lisant certains passages ou chapitres dans lesquels l’auteur de la trilogie martienne décrivait et expliquait le système solaire de son roman, des chapitres tels que ceux consacrés aux terrariums, des astéroïdes creusés et utilisés tant comme vaisseaux de transport au travers du système solaire que comme des réceptacles pour reconstruire des écosystèmes ou inventer de nouvelles sociétés, que j’ai pris le plus de plaisir de lecture.

Le livre est, à mon sens, un bon résumé de l’œuvre de l’auteur, ou peut-être même un carrefour puisque, bien que 2312 n’intègre aucun cycle antérieur, des allusions à la ville mercurienne de Terminateur se retrouvent dans la trilogie martienne et, paraît-il, dans Aurora, roman pas encore traduit en français à ce jour. Mais 2312 constitue une somme des thèmes chers à K.S. Robinson que sont la politique, la terraformation ou l’écologie par lesquels il a toujours cherché à dénoncer le monde dans lequel nous vivons à cause des inégalités et des dangers que nos systèmes font courir à l’humanité tout en insistant sur la formidable potentialité que la créativité et l’inventivité humaines offrent à l’humanité en terme d’évolution. Et 2312 va très loin, et tous azimuts, si l’on considère les importantes évolutions physiologiques qui ont transformé l’humanité comme une espérance de vie pluriséculaire et l’hermaphrodisme. Rien d’étonnant donc que cette récompense du prix Nebula.

Malheureusement, 2312 ne serait pas parfaitement représentatif de Robinson, s’il n’en avait pas non plus les défauts. Je sais, depuis la lecture de son cycle Science in the Capital, et même dans une moindre mesure, quand on y songe, en lisant sa trilogie martienne, que ce double prix Hugo, triple prix Nebula et sextuple prix Locus, ne sait pas toujours écrire une histoire cohérente, menant quelque part. On pourrait bien sûr argumenter que c’est aussi le cas de la vie réelle, mais tout le monde ne lit pas un livre pour retrouver la vacuité de la vie réelle, mais plutôt pour y retrouver, amplifiés, certains aspects de la réalité. Lisant 2312, alors que je comprenais ce que je lisais, je ne comprenais pas l’ensemble et j’assistais à l’élaboration d’une intrigue policière dont je n’ai toujours pas compris le mobile, associée à des intrigues politiques s’inscrivant dans un cadre - l’accord de Mondragon, souvent mentionné simplement comme Mondragon - dont jamais le roman ne permet de se faire une connaissance claire quant à son contenu ni à son contexte de réalisation, le tout se transformant en une histoire d’amour dont le long épisode phare de cristallisation, autour d’une histoire de sifflement, demeure inégalement appréciable pour les lecteurs, certain ayant adoré, d’autres ayant abandonné le livre à ce moment-là.

Si 2312 ne décourage pas de lire Kim Stanley Robinson, il constitue un bon exemple de l’exigence différente, pour ne pas dire le snobisme, caractéristique des prix Nebula.

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