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Le Dernier Vodianoï

dimanche 1er octobre 2017, par Maestro

Julien HEYLBROECK

France, 2016

OVNI éditeur d’autres réalités, 496 pages.

Julien Heylbroeck fait partie de ces nombreux auteurs révélés par Rivière blanche, à l’instar d’un Laurent Whale ou d’un Thomas Geha (il avait en particulier dirigé et écrit dans les anthologies Dimension Super-héros). Son nouveau roman, Le Dernier Vodianoï, débute à la façon d’un SOS Fantômes au pays des soviets, la légèreté en moins.

Ilya Krasnov est en effet un jeune Soviétique membre d’un corps d’élite, la Komspetssov, placé en concurrence avec la redoutable police secrète, le NKVD. En cette fin d’année 1937, ses agents sont chargés d’éradiquer les créatures fantastiques peuplant les espaces et les interstices de l’URSS. Peu à peu, Ilya va passer d’une motivation sans faille au service de la cause du socialisme réellement existant à un doute croissant sur la légitimité de sa charge. Au point de mettre en danger sa propre famille, et de basculer dans le camp des entités féériques. Dès lors, il va tout faire pour sauver ses proches et préserver le dernier bastion du monde magique, Bouïane, la cité du dernier Vodianoï.

Ce qui frappe d’emblée dans ce livre, c’est son originalité. Sur un thème maintes fois traité, celui de l’opposition entre modernité destructrice de la nature et tradition respectueuse des rythmes de l’écosystème (pensons au superbe La Fée et le géomètre de Jean-Pierre Andrevon), Julien Heylbroeck a choisi un cadre singulier, celui de l’URSS stalinienne, en pleine acmé de la Grande Terreur. Il met à contribution le riche patrimoine folklorique russe, un peu comme Christian Vila l’avait fait dans Les Mystères de Saint-Pétersbourg, et brosse avec efficacité un arrière-plan historique solide, fait de propagande, de procès politiques, de méfiance généralisée et de modernisation à marche forcée. Car un autre des points forts du roman, c’est l’absence de manichéisme, avec des personnages souvent complexes, à commencer par Ilya.

Mais ce sont surtout les deux camps opposés qui échappent à la simple grille du bien et du mal. La générosité de l’idéal communiste est soulignée, tandis que du côté du monde féérique, certaines créatures sont réellement démoniaques, la cité de Bouïane elle-même pratiquant l’esclavage… Le roman, en plus de la fantasy, fait une place conséquente au rétro-futurisme, puisque les agents de la Komspetssov sont équipés de rayons Tesla, et que le génial inventeur a également mis au point des robots chargés de supprimer la résistance des êtres mythologiques. Son alter égo n’est autre que Raspoutine, Julien Heylbroeck ayant choisi de faire de ce personnage éminemment polémique un individu sympathique, en plus d’être une sorte de mage scientifique (au risque que le choix souverain de l’écrivain ne heurte les acquis de l’historiographie).

Le Dernier Vodianoï est ainsi une plongée réussie dans une réalité historique troublée, Ilya, tout comme les créatures féériques, étant finalement perdu entre passé et présent, cherchant à se faire tant bien que mal une place dans une période de transition.

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