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Quand changent les temps

dimanche 31 décembre 2017, par Maestro

Jacques BOIREAU (1946-2011)

France, 2017

Armada.

Jacques Boireau fut, de son vivant, un auteur connu à défaut d’être pleinement reconnu, dont les écrits se composaient principalement de nouvelles (une quarantaine, contre deux romans seulement). On se souvient en particulier de ses Chroniques sarrasines, publiées en intégralité en 1988, et qui décrivaient une uchronie dans laquelle le sud de la France avait connu, sous une autorité musulmane bienveillante, un développement qui s’opposait à la barbarie du nord. Les éditions Armada ont pris l’initiative, depuis quelques années, de publier ses manuscrits inédits.

Après Oniromaque en 2012, voici donc Quand changent les temps. Comme souvent avec l’auteur, l’ambiance compte davantage que l’exposé détaillé du contexte. Nous sommes donc dans une époque incertaine, où coexistent tant bien que mal de petites communautés humaines. Mais, leitmotiv du roman, « les temps changent ». Ils changent pour la cité, dont la population d’origine maghrébine est en butte à une hostilité croissante de ses voisins plus pâles ; elle ne trouvera son salut que dans son envol. Ils changent pour une jeune fille, atteinte d’une maladie incurable la condamnant à brève échéance ; Marielle décide alors de quitter ses proches qui se sont déjà éloignés d’elle, afin d’atteindre la mystérieuse Mercoire. Mercoire, refuge du savoir, où Maître Léonard tente d’expier sa faute… Et puis il y a aussi cette ravissante Mathilde, au seuil de la mort, et autour de laquelle, dans ce Massif central de l’entre-deux-guerres, d’étranges phénomènes se produisent.

Le monde de Quand changent les temps est celui d’un lendemain de catastrophe, un accident ayant apparemment touché une centrale alimentée par l’énergie du temps lui-même. Dès lors, des barrières immatérielles se sont multipliées, séparant entre eux des temps concurrents, isolant des groupes de survivants. Une discordance des temps qui n’est pas sans rappeler la chronolyse de Michel Jeury, d’autant que les voyages entre ces temps ne répondent à aucune logique rationnelle. Dans ce Moyen Âge bégayant, Léonard rêve d’une nouvelle Renaissance, un temps sans (faux) progrès ni (vraie) régression, véritable utopie concentrant en elle les rêves et les espoirs des années 1968 (le plateau de Mercoire, n’est-ce pas aussi celui du Larzac ?), qui toujours doivent être rebâtis, mais seulement par la solidarité et l’ouverture à l’autre.

Bien que l’on ne nous dise rien sur les dates exactes de rédaction de cette histoire inédite, on peut sans grand risque la dater du début des années 1980, et la rapprocher de la nouvelle « Quelques pas en arrière entre Styx et Achéron » (1981, au sommaire entre autres de l’anthologie Les Enfants du mirage 2). Onirisme, romantisme poétique et mélancolie soufflée d’espoir sont au rendez-vous de ce beau roman inédit de Jacques Boireau, un cran en dessous toutefois du feu d’artifices littéraire d’Oniromaque.

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