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ANNIHILATION

dimanche 1er avril 2018, par Maestro

Alex GARLAND (1970-)

Etats-Unis / Royaume-Uni, 2018

Avec Nathalie Portman, Jennifer Jason Leigh, Oscar Isaac, Gina Rodriguez, Tuva Novotny, Tessa Thompson.

Annihilation est le troisième film du réalisateur prometteur Alex Garland, précédemment auteur d’Ex Machina, sur le thème de l’intelligence artificielle, et scénariste de 28 Jours plus tard. Pourtant, ce nouveau long-métrage a connu une destinée malheureuse : les projections tests ayant conduit la maison de production (Paramount, pour ne pas la nommer) à évaluer le film comme étant trop intellectuel, il fut demandé au réalisateur de modifier la fin, ce que ce dernier refusa. Annihilation fut alors distribué en salles uniquement sur le territoire étatsunien, tandis que le reste du monde pouvait le découvrir sur ce média en pleine croissance qu’est Netflix.

La structure du film alterne les temporalités. Débutant par le débriefing d’une mission dont Lena (Nathalie Portman), biologiste, semble être l’unique survivante, il se poursuit par un retour en arrière, alors que la même, un an après la disparition de Kane, son mari militaire en mission, ne parvenait pas à surmonter le deuil (d’autres flash backs nous permettent de découvrir la vie à deux du couple et ses zones d’ombre). Mais un soir, Kane est de retour, sans qu’il ne parvienne à expliquer comment et d’où il vient. Victime d’un mal étrange, il est, avec son épouse, intercepté sur le chemin de l’hôpital par un commando. La vérité éclate alors : Kane est le seul humain à être revenu d’une zone victime d’un phénomène inconnu, baptisé le miroitement. Un parc naturel semble en effet échapper aux lois ayant habituellement cours sur Terre, et le plus inquiétant est que ce phénomène s’étend peu à peu. Depuis trois ans, les tentatives d’élucider le mystère en envoyant des expéditions ne donnent rien. Lena s’intègre alors à une nouvelle expédition, visant à atteindre le cœur du phénomène. Une fois à l’intérieur, l’environnement a tout de la jungle tropicale, à ceci près que le déroulement temporel y est perturbé et que flore et faune semblent en proie à des mutations génétiques incontrôlées…

Le scénario du film est l’adaptation libre d’un roman de Jeff Vandermeer, premier volet de la trilogie dite du Rempart Sud (le nom du complexe militaire situé à la frontière du phénomène). Mais dans sa thématique et son traitement visuel, le long métrage évoque Stalker et surtout La Forêt de cristal de J.G. Ballard (les concrétions de cristal sur la plage semblent une allusion directe au roman). « La couleur tombée du ciel », de Lovecraft, pourrait également avoir été une source d’inspiration sous-jacente. Certaines trouvailles visuelles, presque surréalistes, sont particulièrement réussies, que ce soit la transfiguration d’un des militaires morts ou ces formes humanoïdes végétalisées. La réalisation d’Alex Garland, privilégiant une sobriété proche de celle d’Ex Machina, fait preuve de beaucoup de finesse, illustrant par bien des biais la déformation du réel qui est ici en œuvre (le verre rempli d’eau qui grossit et mute les mains du couple ou de Lena seule). Autre élément typique de son époque, le commando dont fait partie Lena, exclusivement féminin. Et surtout, à partir d’un thème classique de la science-fiction, l’invasion ou l’intrusion extra-terrestre, Alex Garland dérive sur une variation post-moderne, où la transcendance possible se fait matérialiste, et où l’ouverture à l’autre est riche de possibles insondables…

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