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Quand Chris Claremont scénarise et John Byrne dessine, qu’arrive-t-il au héros ?

Iron Fist, l’intégrale (1974-1977)

John Byrne & Chris Claremont, acte I

dimanche 10 mars 2019, par von Bek

Scénarios : Chris CLAREMONT (1950-), Gerry CONWAY (1952-) Tony ISABELLA (1951-), Doug MOENCH (1948-), Roy THOMAS (1940-), Len WEIN (1948-2017)

Dessins : Pat BRODERICK (1953-), John BYRNE (1950-) , Larry HAMA (1949-), Arvell JONES (1952-) , Gil KANE (1926-2000), Jim MOONEY (1919-2008)

Etats-Unis, 1974-1977

Panini comics, 2017-2018, 2 vol.

En 2017, Marvel Television lance la production d’Iron Fist et les éditions Panini, qui détiennent les droits de diffusion des comics Marvel en France, en profitent pour éditer les traductions des intégrales américaines rassemblant les premières aventures du maître des arts martiaux. Pendant deux volumes, le lecteur fait un saut dans le passé et parcourt des histoires parues à partir de mai 1974 d’abord pendant onze numéros dans les pages du périodique Marvel Premiere, dans lesquelles le héros succède à Docteur Strange [1]. A compter de novembre 1975, Iron Fist bénéficie d’un magazine dédié, mais qui ne durera que quinze numéros pour s’interrompre après celui de septembre1977, sans doute faute de succès suffisant et en dépit de la mensualisation du titre. L’équipe en charge du héros achève alors l’histoire en cours dans un autre périodique dont ils s’occupent : Marvel Team-Up [2], un mensuel dans lequel une aventure d’Iron Fist avait déjà paru en mars 1975. C’est l’ensemble de ces publications que l’on peut retrouver dans les deux volumes des éditions Panini.

Pour les lecteurs de Marvel Premiere, quel changement a dû représenter le passage de Docteur Strange à Iron Fist ! Cependant si les deux personnages sont maîtres de leurs arts, ce n’est pas le seul point commun, car il y a chez Iron Fist des racines très mystiques. Le premier arc narratif, qui couvre la première année des aventures, vise à retracer les origines du héros tout en le réinsérant dans la vie quotidienne par un jeu de flashbacks constituant notamment une grosse part des deux premiers épisodes. En effet, Iron Fist tire son pouvoir de sa formation dans la cité caché de K’un-Lun, version marvellienne de Shangri-La mâtinée de Brigadoon puisqu’elle n’apparaît sur Terre que tous les dix ans. Né Daniel Rand, il y est arrivé à l’âge de neuf ans après avoir perdu ses parents dans l’Himalaya. Il passe les dix années suivantes à se préparer pour venger le meurtre de son père en devenant le Poing d’Acier, capable de concentrer son chi dans son poing devenu invincible. De retour à New York, il échoue à se venger, mais fait la connaissance des Wing, père et fille, qu’il aide à se débarrasser de la menace d’une secte d’assassins fidèles de la déesse Kali et d’une malédiction.

C’est en fait tout un imaginaire oriental qui rentre en masse chez Marvel. Si Shangri-La est la pure invention d’un occidental, le romancier James Hilton [3], les arts martiaux relèvent bien de la culture orientale. Comme aime à le rappeler le préfacier des deux volumes, la mode est au kung-fu au début des années 70. Bruce Lee meurt en 1973, un an à peine après la sortie de ses films les plus importants. Cependant cela n’explique pas tout. Outre que l’inspiration plus générale puise dans la révolution culturelle née dans les sixties, avec notamment une métaphore de la drogue en la personne d’Angar le cri, dont le pouvoir ressemble à l’effet du LSD, il faut aussi penser que l’influence extrême-orientale pénètre via la guerre du Vietnam dont les Etats-Unis se retire la queue basse en 1973 et qui se retrouve dans l’épisode « Son Nom est... Warhawk » d’août 1975, lequel Warhawk est un super-soldat créé pour le Vietnam, mais dont l’esprit a complétement été perverti par le conflit [4].

De plus, Iron Fist mélange en fait allégrement toutes les cultures asiatiques : la chinoise avec le kung fu, la japonaise avec le ninjutsu, la turque avec le personnage de Khumbala Bey, l’indienne avec la secte de Kali. La narration elle-même se fait très introspective, selon une image pas moins caricaturale, de la méditation orientale : le narrateur tutoie le héros, comme s’il se parlait à lui-même, et les flashbacks, bien pratiques pour évoquer les souvenir du séjour à K’un-Lun, servent à canaliser la volonté du héros. En dépit du côté un peu risible, cela ne signifie pas que les auteurs ne se soient pas documentés auparavant comme le suggère le recours aux noms asiatiques des prises de kung-fu.

Or ces auteurs sont nombreux, car le titre peine à stabiliser l’équipe. Qu’on en juge un peu : la première année quatre scénaristes et trois dessinateurs collaborent sur Iron Fist. Il faut attendre août 1975 pour voir arriver Chris Claremont au scénario et en octobre 1975, John Byrne prend en charge les dessins. L’équipe ne changera plus jusqu’au quinzième numéro qui est aussi le dernier et, comme il l’a déjà été dit, les deux compères clôturent un arc narratif dans Marvel Team-Up en novembre-décembre [5] 1977. Sur les vingt-neuf épisodes réunis dans les deux volumes, Chris Claremont en a scénarisé vingt et John Byrne en a dessiné dix-huit ! Ce n’est pas anodin. D’abord parce que leur collaboration sur Marvel Premiere n°25 est la première entre les deux britanniques d’origine et l’on sait vers quels sommets ils porteront leur travail sur d’autres titres. Ensuite parce que Iron Fist est le premier titre « important » que se voit confier John Byrne chez Marvel en 1975 et le troisième travail qu’il effectue pour la maison des idées. Chris Claremont est pour sa part en pleine ascension, et vient de quitter les histoires de vampires et de zombies auxquelles il participait pour prendre le scénario des X-Men, le même mois qu’il embauche sur Iron Fist !

Dire que l’équipe réalise une révolution sur ce dernier titre serait excessif. D’abord, elle n’est pas à l’abri des contradictions susceptibles de se produire sur n’importe quelle histoire où les artistes se sont succédés rapidement. Alors que les Meachum veulent se venger d’Iron Fist et que Ward Meachum sait pertinemment que Iron Fist et Daniel Rand ne font qu’un [6] , ils ne font aucun problème à rencontrer Daniel Rand dans l’épisode « Comme des tigres dans la nuit ». Ensuite parce qu’elle ne renouvelle pas vraiment les trames des différentes histoires. Quand il n’est pas question de sauver Colleen Wing, enlevée d’abord par les comploteurs d’un pays fictif du Moyen Orient, dans un arc narratif qui couvre neuf épisodes de septembre 1975 à septembre 1976, avec un interlude londonien toutefois pour deux épisodes en février-avril 1976, et ce après qu’il a fallu voler à son secours dans les « Filles de la déesse Kali » et dans « Son Nom est... Warhawk », il est question d’éliminer Iron Fist soit par vengeance comme cherche à le faire Joy Meachum, soit par intérêt. De même quelques procédés narratifs reviennent souvent comme l’utilisation d’une culpabilité quelconque du héros toujours soupçonné d’un crime ou d’un autre [7]. Iron Fist croise toutefois du beau monde sur ces rengaines répétitives : Iron Man, Captain Amercain, Spider-Man, les X-Men...

Surtout John Byrne y travaille son style, et dans les derniers épisodes, ce qu’il fera quelques mois plus tard sur X-Men, n’est pas loin. Son dessin donne à Iron Fist un genre très différent, le dessinateur n’hésitant pas à figurer des scènes inclinées ou les expressions faciales et corporelles conférant une certaine sauvagerie et un certain dynamisme aux personnages, comme l’illustrent les planches huit et neuf de l’épisode « Quand frappe le cimeterre ». Par ailleurs les deux artistes peaufinent leur collaboration en parallèle avec celle qu’ils mènent sur Marvel Team-Up à partir de juillet 1977. Ils créent ainsi Dents-de-Sabre dans l’épisode d’août 1977. Mieux ! La confrontation involontaire entre Iron Fist et les X-Men dans l’épisode de septembre 1977 constitue même la première collaboration entre Claremont et Byrne sur les élèves du professeur X, alors qu’ils ne travaillent ensembles sur le titre X-Men qu’en décembre 1977 soit après l’arrêt d’Iron Fist !

Si les cailloux semés dans les épisodes « Le Feu sous la glace » et « Place aux X-Men » auront la chance de se voir expliqués dans Marvel Team-Up, il n’en est pas de même pour tout : ainsi il n’y a aucune réponse de donnée quant à l’identité des employeurs de Dents de sabre dans le premier des épisodes cités, pourtant tellement fameux qu’il est encore évoqué trente ans après [8]. En dépit d’une mensualisation du titre à compter d’août 1976 pouvant suggérer du succès, il est arrêté. La fin des aventures solitaires du maître des arts martiaux ne constitue que la fin d’un périodique et on se demande même dans quelle mesure son arrêt ne résulte pas de la nécessité de ménager du temps à une équipe de créateurs gagnants pour travailler sur d’autres projets, plutôt que d’être la conséquence d’une désaffection du lectorat. Le héros du kung-fu ne disparaît pas vraiment : dès décembre 1977, il est la guest star de Power Man dont le scénario et le dessin sont assurés par... Chris Claremont et John Byrne pendant quatre numéros et jusqu’au numéro 50 où le titre devient Power Man et Iron Fist.

Tome 1974-1975
Titres Revues Dessinateurs Scénaristes Personnages secondaires
La Fureur d’Iron Fist Marvel Premiere #15, mai 1974 Gil Kane Roy Thomas
Le Coeur du dragon Marvel Premiere #16, juillet 1974 Larry Hama Roy Thomas & Len Wein Le Faucheur
La Citadelle de la vengeance Marvel Premiere #17, septembre 1974 Doug Moench
L’Antre de la vengeance volée Marvel Premiere #18, octobre 1974
La Secte de la mort Marvel Premiere #19, novembre 1974 Colleen Wing et son père
Batroc et autres assassins Marvel Premiere #20, janvier 1975 Arvell Jones Tony Isabella Batroc
Les Filles de la déesse Kali Marvel Premiere #21, mars 1975 Misty Knight
La Mort est un ninja Marvel Premiere #22, juin 1975
Son Nom est... Warhawk Marvel Premiere #23, août 1975 Pat Broderick Chris Claremont Warhawk
Jeu de massacre Marvel Premiere #24, septembre 1975 Balliox, le monstroïde
Tempête sous un crâne Marvel Premier #25, octobre 1975 John Byrne Angar le cri & Khumbala Bey
Duel d’acier Iron Fist #1, novembre 1975 Iron Man & Misty Knight qui devient récurrente
La Vallée des damnés Iron Fist #2, décembre 1975
Tome 1976-1977
Titres Revues Dessinateurs Scénaristes Personnages secondaires
Londres ne brûlera pas Iron Fist #3, février 1976 John Byrne Chris Claremont Le Ravageur
Holocauste Iron Fist #4, avril 1976 Radion
Quand frappe le cimeterre ! Iron Fist #5, juin 1976 Le Cimeterre
Duel fatal ! Iron Fist #6, août 1976
A mort, Iron Fist ! Iron Fist #7, septembre 1976 Angar le cri, Khumbala Bey & maître Khan
Comme des tigres dans la nuit Iron Fist #8, octobre 1976 Chaka, parrain de la pègre
Le Dragon mourra à l’aube Iron Fist #9, novembre 1976
Tueur kung-fu Iron Fist #10, décembre 1976
La Fin d’une belle journée Iron Fist #11, février 1977 Les démolisseurs
A l’assaut du manoir des Avengers ! Iron Fist #12, avril 1977 Les démolisseurs et Captain America
Cible, Iron Fist ! Iron Fist #13, juin 1977 Boomerang
Le Feu sous la glace Iron Fist #14, août 1977 Dents de sabre
Place aux X-Men Iron Fist #15, septembre 1977 les X-Men
Nuit du dragon Marvel Team-Up #63, novembre 1977 Spider-Man, Davos
Si la place m’est promise... Marvel Team-Up #64, décembre 1977
Le Sens de la vie Marvel Team-Up #31, mars 1975 Jim Mooney Gerry Conway Spider-Man, Drom

[1La maison des idées, comme certains aiment à appeler la compagnie Marvel, s’était servi du titre pour relancer les aventures du maître des arts mystiques, privé de son propre périodique depuis novembre 1969.

[2Périodique qui de 1972 à 1985 mit en scène Spider-Man associé à un ou plusieurs autres héros.

[3Frank Capra en adapte le roman dans son film Horizons perdus en 1937.

[4On remarque au passage la différence avec la Seconde Guerre mondiale qui voit la création d’un autre super-soldat en la personne de Captain Americain, parangon des valeurs morales, laquelle différence symbolise toute l’opposition des popularités entre les deux conflits.

[5Et pas octobre et novembre comme l’annonce la table des matières...

[6cf. épisode « Les Filles de la déesse Kali », Marvel Premiere, n°21, mars 1975

[7De celui de Harold Meachum ou de l’attaque de l’aéroport de Londres dans l’épisode « Londres ne brûlera pas ! » ou encore de l’hôpital dans « A l’assaut du manoir des Avengers ».

[8Au début du 10e épisode de la cinquième saison de la série NCIS, l’agent McGee est occupé à le lire.

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