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Conséquences d’une disparition

dimanche 9 décembre 2018, par Maestro

Christopher PRIEST (1943-)

Royaume-Uni, 2018, An American Story

Denoël, coll. "Lunes d’encre", 336 p.

Lire Christopher Priest, c’est souvent plonger dans un univers qui semble identique au nôtre, mais où rapidement se dessinent des failles, devenant parfois béantes, et ouvrant sur d’autres réalités… Conséquences d’une disparition ne fait pas exception, et se centre sur ce traumatisme séminal du XXIe siècle, les événements du 11 septembre 2001. Le guide de l’intrigue est Benjamin Matson, alias Ben, un journaliste indépendant et scénariste occasionnel. Et comme souvent chez Priest, la narration alterne entre les différentes époques de sa vie. Dans ses débuts de carrière, au milieu des années 1990, il mena l’interview d’un mathématicien de génie, Tatarov, acharné à résoudre la conjecture de Pèlerin, autre mathématicien s’interrogeant sur la possibilité, si un événement est considéré comme réel, d’avoir des conséquences tout aussi réelles et concrètes.

Il croisa de nouveau à plusieurs reprises la vie de Tatarov, en particulier lorsque celui-ci disparut quelques semaines en 2006, sans jamais donner d’explications… A la charnière des deux siècles, il fait la rencontre de Lilian Viklund, alias Lil, avec qui il noue une relation amoureuse intense, le seul problème étant que Lilian est encore marié avec un membre haut-placé des forces de sécurité étatsuniennes, avec un divorce en cours. Mais Lil disparaît tragiquement le 11 septembre 2001, passagère du Vol 77 d’American Airlines, celui qui s’est écrasé sur le Pentagone. Aucune trace de son corps n’a cependant été retrouvée, ce qui conduit Ben à mener sa propre enquête. Une enquête d’autant plus complexe et dérangeante que sa rencontre avec l’ex-mari de Lil lui fait comprendre que non seulement leur couple n’était nullement en train de divorcer, mais qu’en outre Lil travaillait occasionnellement pour la CIA ou le FBI.

A la fin des années 2000, Ben rencontre Jane, avec qui il bâtit une nouvelle vie, autour d’un foyer familial fort de deux enfants. Le couple choisit de s’installer en Ecosse, sur une île où se trouvait le vieil hôtel dans lequel Tatarov se réfugia en 2006… Enfin, dans un proche avenir que l’on devine se situer au début des années 2020, l’Ecosse a quitté le Royaume-Uni et intégré l’Union européenne. C’est dans ce contexte politique bouleversé que Ben est confronté à plusieurs événements troublant sa perception du réel et le replongeant dans son douloureux passé : la découverte d’une carcasse d’avion dans l’océan, ressemblant étrangement au Vol 77, mais que le gouvernement étatsunien finit par présenter comme celle d’un navire de la Seconde Guerre mondiale ; l’accueil chez lui de sa belle-mère, récemment victime d’une attaque, qui évoque des souvenirs étranges, parmi lesquels une rencontre avec Ben et Lil… en 2006 !

Christopher Priest explore ainsi les zones d’ombre du 11 septembre, mais loin de tout délire complotiste, il en use afin de diffracter le réel, d’ouvrir sur la multiplication des possibles permise par le travail de la mémoire, thème récurrent et jamais épuisé de sa bibliographie. Avec en guise de substrat scientifiques les réflexions de la physique quantique et de la théorie des cordes. Difficile, également, de ne pas discerner dans ce tableau un reflet de notre époque riche en relativismes de toutes sortes. Jamais, sans doute, un roman de Christopher Priest n’avait semblé si ancré dans le réel, cette plongée dans les zones d’ombre du 11 septembre ouvrant finalement sur autant de réalités et d’univers parallèles…

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