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Tout l’or de Constantinople

dimanche 26 mai 2019, par Maestro

DESSIN : Igor KORDEY (1957-) & YANA

SCENARIO : Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU

Couleurs : YANA

France, 2019

Delcourt, Série B, 66 pages.

De plus en plus, au fur et à mesure du développement de la série uchronique Jour J, les scénaristes privilégient des histoires plus étoffées, le temps de deux ou trois albums. Tout l’or de Constantinople est ainsi la suite directe des Ombres de Constantinople. Il était d’ailleurs initialement prévu qu’il sorte sous le titre Le Concile pourpre (information du tome 27), ce qui aurait été nettement plus approprié que l’intitulé final, sans lien réel avec l’intrigue. On retrouve donc, dans ce second volet du diptyque, les deux principaux personnages du premier, Iskander, l’ancien Janissaire rallié aux forces de la chrétienté, et Vlad l’empaleur.

Alors que les forces ottomanes ont été repoussées de Constantinople grâce à l’intervention des forces catholiques, les dignitaires de l’Eglise de Rome, à commencer par le pape en personne, se rassemblent dans la Seconde Rome afin de tenir concile. L’objectif de ce dernier consiste à rien moins que la réunification des deux branches séparées du christianisme. Mais la question cruciale qui se pose est évidement celle du leadership. Des manœuvres sont donc en jeu en coulisses, impliquant en particulier le cardinal Geoffroy Back, personnage fort intéressant, car ancien chevalier de l’ordre de Saint-Jean. Mais très vite, Constantinople, de ville symbole de réconciliation, va se métamorphoser en capitale de l’horreur. Parallèlement, Iskander et Vlad voient leur amitié se déliter autour d’une ancienne pensionnaire du harem du sultan turc et de sa jeune fille.

Sur le plan des personnages, comme dans Les Ombres de Constantinople, Vlad éclipse largement le plus falot Iskander : discutant avec les cadavres de ses ennemis, possédé par le sang, ayant installé ses quartiers dans les citernes souterraines de l’ancienne Byzance, il possède un charisme diabolique, un pouvoir de fascination indéniable. Il est ici utilisé par le patriarche afin de mener à bien son projet : rester l’unique maître de la chrétienté, et permettre à Constantinople de redevenir la tête d’un empire unique. Le massacre perpétré entre les murs de la ville occupe d’ailleurs de nombreuses pages de l’album, qui s’impose comme un des plus violents de la série (magnifique double page 34 et 35).

Toutefois, le message est double : montrer que les divisions entre chrétiens sont désormais infranchissables, approfondies qu’elles sont par des rivalités politiques – le dévoilement, comme dans d’autres épisodes de la série, de la realpolitik dans tout son cynisme ; illustrer les illusions que peuvent entretenir d’anciennes puissances sur la possibilité de retrouver leur hégémonie déchue – une problématique toujours profondément d’actualité… L’album se clôt justement par une autre bataille de Lépante, au cours de laquelle les espoirs grecs sombrent dans les profondeurs de la Méditerranée face aux puissances d’Europe occidentale coalisées.

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