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Dimension uchronie 3

dimanche 10 mai 2020, par Maestro

Bertrand CAMPEIS & Hermine HEMON, dir.

France, 2019

Black Coat Press, coll. "Rivière blanche", série Fusée, 300 p.

C’est un très bel ensemble d’une cinquantaine d’histoires différentes que Bertrand Campeis, auteur avec Karine Gobled du Guide de l’uchronie (chez ActuSF), a dirigé chez Rivière blanche : une trilogie d’anthologies dont j’avais rédigé (sous ma véritable identité… quoique ?) les chroniques dans la revue Galaxies. Toutefois, pour ce troisième volet, dans la mesure où je suis au sommaire en tant qu’auteur, je m’étais initialement refusé à en écrire la recension par souci déontologique, dirons-nous. Après réflexion, et à la lecture de l’ensemble, je m’en serai voulu de ne pas valoriser les nouvelles que je juge les plus réussies. Je me cache donc derrière mon pseudonyme pour analyser ce Dimension Uchronie 3, en excluant bien évidemment mon propre texte. Un dernier mot préalable pour saluer le dynamisme et le travail de promotion déployés par Bertrand Campeis (il a ainsi réussi à ce que le site d’ActuSF mette en ligne des interviews détaillées de chaque auteur).

« L’homme mince », de Xian Moriarty, est une savoureuse évocation d’un monde où ce ne serait pas Neandertal qui aurait disparu, sans que soit explicité l’état technologique moins avancée de cette histoire alternative. « Fucking Vikings ! » d’Ericka Sezille, est tangent, et pourrait évoquer Les Croisés du cosmos, mais en dépit de la suspension d’incrédulité maximale qu’elle impose, son image finale est trop belle et magique pour faire la fine bouche… « Quand se couche le dernier soleil », de Bénédicte Coudière, imagine un croisement civilisationnel entre Aztèques et Vikings, un potentiel intéressant, mais qui n’est que brièvement survolé dans la nouvelle. « La nuit de la louve », d’Elodie Serrano, est marquée du sceau d’un féminisme très contemporain, mais il faut reconnaître que cette Terre où l’empreinte de la religion a tout à la fois infériorisé la femme et préservé la nature possède une réelle capacité de séduction. « La grande brisure » de Pierre Léauté se place en opposé du « Anarchy in Britanny » de Jean Rébillat (dans Dimension Uchronie 2) : dans son univers, un isthme artificiel a séparé la péninsule bretonne du reste de la France sous le règne de Louis XI, permettant au duché de demeurer indépendant. Le récit qu’il conte s’avère en outre original sur le plan de sa structure, et réussi avec son personnage de pirate anti-héros.

« La réserve » de Guillaume Maréchal introduit la fantasy dans l’uchronie, au cœur d’un continent américain ayant su repousser l’impérialisme européen (lors de la Guerre de Sept Ans) ; une histoire sympathique, et un cadre plutôt original. « Un travail bien fait » d’Estelle Faye est une de mes nouvelles favorites : courte, pourtant, mais forte de son personnage principal, devenu conjuré prêt à abattre Napoléon tout juste sacré empereur. Une belle réhabilitation d’un personnage trop longtemps voué aux gémonies de l’histoire de France (tout au moins d’une certaine version de celle-ci !). « Freedom », de Clémence Godefroy, est une autre grande réussite du recueil. Partant d’un président Grant ayant réussi à proroger son mandat à plusieurs reprises, l’auteure le présente comme un champion des droits civiques avant l’heure, engendrant de nouvelles guerres civiles et une sécession des Etats-Unis. La force de sa nouvelle, outre le sujet lui-même, réside dans le personnage de jeune fille réceptacle des événements. Un très beau texte, vraiment. Autre moment de grand plaisir, « Puisque cette page est blanche », nouveau chapitre ajouté par Fabien Clavel aux aventures de son inspecteur bibliomaniaque Ragon, à l’affiche des Feuillets de cuivre et de diverses autres enquêtes (ainsi dans les tomes 2 et 4 de Dimension Merveilleux scientifique). Après Maupassant ou Théophile Gautier, c’est à l’immense Victor Hugo que l’inspecteur se confronte, pour un dénouement susceptible d’évoquer la nouvelle de Robert Heinlein « Vous les zombies ! ».

« Demandez Berta », d’Ophélie Bruneau, partage avec « Quand se couche le dernier soleil » une forme de frustration sur les origines et l’histoire alternative de cette autre Madagascar, partagé ici, dans cet autre début de XXe siècle, entre un Etat indépendant et la République utopique de Libertalia : et pourtant, quelle belle promesse ! Plus classique, David Bry propose avec « Soixante-quinze ans plus tard » un voyage dans le temps centré sur la victoire nazie. Déjà lu, me direz-vous ? Le retournement est toutefois ici de mise, et le dénouement s’apparente à un électrochoc. « Et si demain était hier ? », de Roznarho et Feldrik Rivat relève de l’uchronie personnelle, ici celle d’un milliardaire poussé par son père et qui regrette de n’avoir pas suivi ses inclinations plus personnelles. Enfin, l’anthologie ne se limite pas aux auteurs francophones, puisqu’elle inclut deux nouvelles anglo-saxonnes. « Bondye Bon », de Monique L. Désir, est particulièrement prenante, autour de sa révolution noire réussie en Louisiane – un scénario proche de celui de Jour J 35 Les Fantômes d’Hispaniola – et de sa religion vaudou très présente (il est d’ailleurs amusant de voir que pas moins de trois nouvelles, dont la mienne, abordent cette question de l’émancipation noire en Amérique du nord…). Quant à « La Dame astronaute de Mars » de Mary Robynette Koval, qui a inspiré la couverture de l’ouvrage et débute une série dont le premier tome a été honoré du Hugo [1], c’est un texte touchant, autour de l’ultime mission de celle qui a été la première à se poser sur Mars, une temporalité de la conquête spatiale restée fidèle aux rêves post-69. Un troisième volume indispensable pour tous les férus d’uchronies…


Pour commander Dimension Uchronie 3 suivez le lien vers les éditions Black Coat Press !


[1The Calculating Stars (2018) qui est à paraître en français en 2020.

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