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Hyperborée et Poséidonis

dimanche 31 mai 2020, par Maestro

Clark Ashton SMITH (1893-1961)

Etats-Unis, 1912 à 1957

Mnémos, coll. "Intégrales", 2017, 256 p.

traductions de Vincent Basset et Alex Nikolavitch.

Outre Averoigne, cette contrée médiévale en partie fantasmée et merveilleuse, et Zothique, le dernier continent habité de la surface terrestre en son crépuscule, Clark Ashton Smith a également situé, dans ses débuts d’écrivain, plusieurs nouvelles dans deux autres lieux emblématiques. Le premier est Hyperborée, ce fameux pays septentrional, qui est ici surtout un prétexte, comme pouvait l’être à la même époque la Cimmérie de Conan. Et d’emblée, on retrouve la prose si caractéristique de l’auteur, où quelques descriptions fleuries, quelques adjectifs bien choisis, au fort pouvoir exotique, suffisent à vous transporter ailleurs (j’imagine que Clark Ashton Smith aurait fait un excellent maître de jeu !).

Si « La muse d’Hyperborée » est une mise en bouche sous forme de poème en prose, «  L’histoire de Satampra Zeiros » nous plonge dans une histoire de pilleurs de tombes et de cité perdue, ici l’ancienne capitale de l’Hyperborée abandonnée sur la foi d’une antique prophétie. Rien d’exceptionnel dans la confrontation entre les deux jeunes godelureaux et les créatures de l’antique divinité Tsathoggua, mais une ambiance qui vous colle à la peau et à l’âme. On en apprend d’ailleurs davantage sur la malédiction ayant frappé la cité de Commoriom dans « Le testament d’Athammaus », ancien bourreau de la capitale confronté à un condamné à mort qui refuse l’anéantissement ; une préquelle suintante d’horreur. « Le vol des trente-neuf ceintures » reprend également le dit Satampra Zeiros, racontant un de ses exploits, en l’occurrence l’expédition menée dans un temple pour y dérober des ceintures de chasteté richement décorées ; hypocrisie de la religion et démonstration que l’on trouve toujours plus rusé que soit en sont les principales leçons.

« La porte vers Saturne » est nettement plus gouleyante. Cette poursuite entre un inquisiteur et un sorcier (nul autre qu’Eibon, auteur du livre éponyme, pendant Smithien du Necronomicon de Lovecraft), adepte d’une divinité extra-terrestre, se transforme en effet rapidement en un nouveau voyage de Gulliver sur Saturne, l’ensemble se moquant des croyances religieuses avec beaucoup d’humour. « L’infortune d’Avoosl Wuthoqquan » ressemble fort à un conte des mille et une nuits, condamnation cruelle et sarcastique de la cupidité d’un prêteur sur gages. On pourrait en rapprocher « Les sept geasa », série de malédictions lancées par diverses divinités ou créatures cthulhoïdes sur un aristocrate chasseur trop sûr de lui, dont la fin est pleine d’humour noir. « Ubbo-Sathla » nous confronte à une autre divinité du « mythe de Cthulhu » élaborée par Clark Ashton Smith, ici un pendant à Azathoth, créature débile mais d’où sont issues toutes les formes de la vie terrestres ; c’est à travers la régression permise par un cristal que nous la découvrons, revivant toutes les vies antérieures d’un homme de 1932.

Frappant, tout comme «  La Sybille blanche », celle-là même qui était censée avoir averti de la malédiction sur le point de frapper Commoriom. On tient là un conte de fée morbide et touchant, très belle déclinaison d’un amour romantique et tragique car impossible. Cette nouvelle aborde également le thème de la glaciation qui allait emporter ce continent des temps pré-préhistoriques, tout comme « Le démon de glace  », autre mise en cause de la vénalité humaine, et « L’avènement du ver blanc », fin programmée des sorciers. Ce premier ensemble est complété par «  La maison de Haon-Dor » dont, une fois n’est pas coutume, le titre promet plus que le texte lui-même : il faut dire qu’il ne s’agit que d’un début d’histoire, laissée visiblement à l’abandon par Clark Ashton Smith, et qui conserve en conséquence tout son mystère…

Comparativement aux histoires se déroulant sur ou autour du continent hyperboréen, qui occupent pratiquement les trois quarts du recueil, celles se déroulant à Poséidonis sont plus restreintes. Passés « Poséidonis » et « L’Atlantide », auxquels il convient d’ajouter « Tolometh », trois nouveaux poèmes en prose proposés en version originale et en version traduite, « La dernière incantation » nous confronte à Malygris, le plus grand mage de la défunte Atlantide. S’il constate dans ce récit la vacuité de vouloir faire renaître une jeunesse définitivement perdue dans les limbes du temps, dans «  La mort de Malygris », il frappe de son pouvoir par-delà les frontières de la mort tous ceux, bien trop présomptueux, qui cherchent à le surpasser. C’est également un de ses disciples qui invoque «  L’ombre double », ou comment une magie (une science ?) antédiluvienne ne doit pas être maniée à la légère. « Voyage pour Sfanomoë » est en partie décalé, puisqu’il s’agit du voyage de deux savants atlantes vers la planète Vénus, perçue comme un refuge face à la catastrophe annoncée ; mais les obsessions de Smith pour la vie végétale et la mort reprennent rapidement leurs droits. Belle histoire également que celle d’« Un grand cru d’Atlantide », épitaphe parfaite de ce voyage vers des contrées oubliées, une illusion au fort pouvoir suggestif, génératrice d’une ivresse capiteuse…

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