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LE JOUR OU LA TERRE S’ARRETA

... Franklin

samedi 28 décembre 2002, par Maestro

Robert WISE (1914-2005)

Etats-Unis, 1951, The Day the Earth Stood Still

Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe, Sam Jaffe, Billy Gray, Frances Bavier, Lock Martin

Bien que datant du début des années 50, ce film garde une allure très actuelle, de par les messages qu’il véhicule. Et le fait que Hollywood l’ait produit ne cesse de surprendre. Il faut en effet rappeler que 1951 coïncidait avec l’apogée du maccarthysme, cette réaction anticommuniste virulente, qui frappa en particulier les milieux artistiques. Voir un film comme Le jour où la Terre s’arrêta sortir en pleine guerre de Corée tendrait à faire penser qu’il reflète l’opinion d’une partie des Américains, soucieux de paix et quelque peu isolationnistes, tandis que le versant le plus guerrier serait représenté par certains films mettant en scène sans nuance de dangereuses invasions extra-terrestres collectivistes...

Le point de départ du métrage réside dans l’arrivée sur Terre (à Washington, bien sûr !) d’un visiteur extra-terrestre, Klaatu, à bord d’une soucoupe volante dotée d’une vitesse de 6000 km/h, dont les déplacements en l’air sont plutôt bien rendus pour l’époque, et avec une arrivée qui reste impressionnante. La mobilisation des militaires et des journalistes est ainsi l’occasion d’une dénonciation de leurs excès, en particulier la bêtise dangereuse du soldat qui tire sur Klaatu, comme une illustration de l’instinct guerrier du mâle humain, tout comme leur volonté de percer les secrets technologiques extra-terrestres ou de capturer ensuite Klaatu mort ou vif. L’armée est ainsi le symptome le plus évident de l’immaturité de l’espèce humaine. Le robot qui accompagne l’extra-terrestre humanoïde (un parti-pris qui change des créatures difformes) symbolise quand à lui l’ambiguïté de la lutte pacifiste : pour désarmer l’humanité, l’usage des armes est également nécessaire... terrible dialectique !

Car le but de la visite de Klaatu, issu d’une civilisation plus avancée que la nôtre (sur le plan médical, entre autre) -qui souhaite s’adresser aux Nations Unies, et non à un seul homme comme le président américain- n’est pas de résoudre lui-même les dissenssions internes à l’humanité ; simplement de la menacer en fonction du risque que la Terre fait courir aux autres civilisations galactiques, de par ses progrès dans la technologie de l’armement. On appréciera sa volonté universaliste, internationaliste, et l’aspect quasiment marxiste de cette optique (" l’émancipation des peuples sera l’œuvre des peuples eux-mêmes ", en somme), mais on déplorera ses motivations plutôt égoïstes, soucieux qu’il est de la tranquilité des autres planètes plus que du développement de l’humanité elle-même. On peut d’ailleurs peut-être voir dans la police robotique de l’espace et son efficacité sans faille une critique voilée de l’insuffisance de l’ONU sur ce plan.

Devant les difficultés de réunir toutes les nations (allusion transparente au contexte de guerre d’alors), Klaatu décide -contre l’avis de ses hôtes- d’aller vivre parmi la population américaine elle-même, en se faisant passer pour un simple voyageur. En arrière-fond, on appréciera la caricature d’information orchestrée par les médias de l’époque sur le visiteur extra-terrestre, la censure de la déclaration de Klaatu alias Carpenter sur la raison qui doit supplanter la peur, et les réactions défensives des Américains (dont certains éprouvent une peur du communisme qui n’est jamais citée telle quelle). Klaatu découvre ainsi les ravages de la guerre (par le biais de la visite d’un cimetierre), le mensonge, et même la grandeur de Lincoln (on ne peut pas condamner les Etats-Unis en bloc !). On apprend quand même, à un moment, que Klaatu croit lui-aussi en l’existence d’un dieu tout puissant... Là encore, une marque de frilosité conservatrice !

La solution que Klaatu envisage alors est de s’adresser à un scientifique éminent, qu’il juge plus à même de le comprendre (vision un peu simpliste du monde de la science après le traumatisme d’Hiroshima et de Nagasaki). Un scientifique qui ose même dire que " ce n’est pas la foi qui fait progresser la science, mais la curiosité "... On peut d’ailleurs tracer un parallèle entre la démonstration de Klaatu sur la toute puissance de sa technologie, visant à éveiller la conscience des dirigeants, et la volonté de plusieurs scientifiques durant la guerre de faire sauter la première bombe atomique dans l’océan : dans les deux cas, aucune victime humaine n’est à déplorer ; le titre du film est même expliqué au sens propre.

Signalons pour terminer la musique de Bernard Herrmann, qui, de par son utilisation originale de l’orchestre, saura en inspirer plus d’un, de Jerry Goldsmith à Danny Elfman, tout particulièrement. Elle est hélas sous-employée, n’apparaissant que dans le générique, surtout, et dans quelques rares scènes.

Ce film est un véritable appel à la tolérance, certes un peu naïf, mais qui tranche avec l’atmosphère dominante de l’époque, et qui s’impose ainsi comme un classique incontournable de la science-fiction cinématographique. Le rythme est malgré tout un peu lent, et les dialogues pas toujours assez profonds. Le couronnement de cette tolérance, c’est bien sûr la préférence du personnage féminin pour Klaatu plutôt que pour un humain, trop égoïste et jaloux, en plus d’être mysogyne. La conclusion est en tout cas sans appel : évoluez et abandonnez la guerre, ou soyez détruits !

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