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PLANETE INTERDITE

Y-a-t-il un astronaute pour sauver la S.F. ?

1999, par Maestro

Fred MCLEOD WILCOX (1907-1964)

Etats-Unis, 1956, Forbidden Planet

Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen, Warren Stevens et Robby le robot.

Planète Interdite, un des premiers films de SF tournés en couleur, est généralement considéré comme un classique. A nous de revenir sur cette caractérisation pour la comprendre et, pourquoi pas, la revoir.

Une des choses qui frappent rapidement le spectateur, à la vision du film, c’est la qualité des effets spéciaux. Les matte paintings en couleurs sont convaincants, même si le décor de la planète Altaïr 4 reste assez conventionnel (sable et arrêtes rocheuses découpées) ; les déplacements et l’atterrissage du vaisseau spatial annoncent ceux utilisés dans la série télévisée Les envahisseurs ; surtout, les apparitions du « monstre » sont indirectement bien mises en valeur, par la modification du champ électrique qui protège le vaisseau et les tirs de désintégrateurs, ou par la déformation des portes métalliques du complexe souterrain. Le combat entre celui-ci et l’équipage est d’ailleurs marquant. Dommage, en revanche, que les éclairages du film soient parfois vacillants.

Les personnages et leurs dialogues sont par contre bien marqués dans leur temps : un jargon technique pseudo-scientifique (pour le pilotage de l’astronef, ou la construction de l’émetteur), préfigurant celui de Star Trek ; un cuisinier à peine dégrossi de sa campagne, qui semble tout droit sorti des films de guerre de l’époque, et qui se partage la vedette comique avec Robby le robot (et non, Leslie Nielsen était encore un acteur sérieux !), mécanique plutôt poussive, et qui illustre à merveille le décalage pouvant exister entre le cinéma et la littérature de SF (Asimov avait alors déjà décrit ses robots humanoïdes). De même, l’affiche du film -qui n’a que peu de rapport avec l’intrigue- évoque les couvertures des pulps américains des années 30, avec Robby -remplaçant le sempiternel monstre- qui tient dans ses bras l’héroïne, bien sûr évanouie ! A signaler, d’ailleurs, que devant le succès dont il fit l’objet, Robby connut une carrière au-delà de ce film, dans d’autres longs métrages ou dans des séries télévisées...

Plus désagréable, les relations entre Altaira, la seule femme de la planète, et le commandant, en particulier, sont empreintes d’un machisme prononcé ; en gros, les vêtements légers qu’elle porte (aujourd’hui, ils sont courants l’été) ne peuvent que la rendre responsable d’un viol éventuel, vu que les membres de l’équipage sont restés abstinents pendant un an de voyage !! Le seul à paraître plus intelligent est le docteur, qui connaîtra d’ailleurs une fin typique d’un intellectuel... De la même manière, Altaira, qui a passé toute son enfance sur Altaïr 4, sans a priori avoir été « initiée » à la place de la femme dans la morale conservatrice américaine de l’époque, apparaît comme préoccupée surtout par ses tuniques et son apparence... à moins que son père, le professeur Morbius, malgré toute son intelligence (accrue grâce aux appareillages extra-terrestres) ne soit guère devenu émancipé ! Et bien sûr, on a droit à la sempiternelle histoire cucu d’amour pseudo-romantique entre Altaira et rien moins que le commandant, évidemment ! Enfin, l’allusion aux religions comme garde-fous de la barbarie est à la fois grossière et datée.

L’histoire, quant à elle, commence de façon somme toute assez classique. Une mission en provenance de la Terre part vers Altaïr 4, pour essayer d’élucider la disparition, il y a plusieurs années, du vaisseau d’exploration Béllérophon. Arrivé sur place, l’équipage se voit opposé une fin de non-recevoir par le professeur Morbius, le philologue de la première expédition. L’astronef terrestre se pose néanmoins, et rencontre alors le professeur dans sa villa, où il habite avec sa fille et Robby pour les servir.

Le film démarre vraiment avec les non-dits de Morbius (le personnage de loin le plus intéressant, humaniste torturé) sur la disparition de ses compagnons d’équipage, puis avec son exposé sur la civilisation des Krells, le peuple qui habita Altaïr 4 et explora l’univers durant un million d’années, avant de disparaître pour une raison inconnue il y a 200 000 ans. le thème, classique, est cependant bien traité, avec certaines idées intéressantes : leur musique (qui anticipe un peu sur le travail de Goldsmith pour La planète des singes) ; la forme des portes (une pyramide) qui ne peut que nous suggérer l’apparence des mystérieux Krells ; leur complexe souterrain, qui s’étale sur des dizaines de km² et des milliers d’étages, est frappant, d’autant que cet aspect colossal est très bien rendu par la comparaison avec les chétives silhouettes humaines ; par conséquent, l’énergie qu’il recèle est phénoménale -capable de détruire une planète-, bien qu’elle soit (limite du niveau technologique atteint dans les années 50) nucléaire ; et enfin, la machine mentale constitue le summum de l’évolution Krell, concrétisation de leur dernier rêve, celui d’une civilisation non-mécanique, et contient la solution et de la disparition de l’espèce extra-terrestre, et des agressions mystérieuses... Une habile illustration des ressources du subconscient freudien. Mais le mieux reste encore de visionner ce classique de la SF au cinéma, éloge du progrès scientifique raisonné et raisonnable, qui, bien que marqué par son temps, demeure fort agréable.

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