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SOLEIL VERT

dimanche 5 mai 2002, par Maestro

Richard FLEISHER (1916-2006)

Etats-Unis, 1973, Soylent Green

Charlton Heston, Leigh Taylor-Young, Edward G. Robinson

Adapté d’un roman tout juste intéressant de Harry Harrison, voilà un film qui surpasse très largement l’œuvre de son inspirateur, pour livrer ce qui est sans nul doute un des meilleurs longs métrages d’anticipation, malgré des moyens somme toute relativement limités.

La force de ce film réside dans le mélange d’une réalisation efficace, d’un scénario passionnant et d’un casting de qualité. Au premier rang de ce dernier, Charlton Heston, bien sûr, qui s’acquitte ici d’un rôle de policier sans illusion, confronté à une terrible réalité : comment ne pas voir le parallèle qu’il y a avec son rôle de Taylor dans La planète des singes, de par son caractère quelque peu arrogant, et l’intensité de la révélation finale ? Mais il convient aussi de signaler l’émouvante et sincère interprétation de Sol, ce vieillard intellectuel, raleur, nostagique d’un passé à jamais disparu, à l’émotivité rentrée, mais qui se révèle très vite terriblement attachant. Son départ, transfiguré par les images et la musique, est ainsi un des points culminants de l’émotion ressentie par le spectateur... Enfin, le personnage de Shirl se découvre tout au long du film, permettant d’atteindre, sous l’apparence de femme-objet (le " mobilier " est le nom qu’on lui donne), un être humain avide d’amour et de gentillesse, la part d’humanité dont la classe dirigeante semble dénuée (l’acceptation de son destin par Simonson ne témoigne-t-elle pas de cette fatalité systémique parfaitement assimilée ?), et qui parvient à réveiller l’humanité de Thorn/Heston.

Le monde décrit est quand à lui une véritable dystopie, illustration de ce à quoi peut conduire un développement industriel et technologique aveugle, indifférent aux préoccupations écologiques, un avertissement bien senti. L’introduction du film est à cet égard particulièrement significative, avec sa succession d’images de plus en plus rapprochés, symbolisant un progrès de plus en plus effrené... et de plus en plus générateur de ravages écologiques. Le New-York qui nous est ensuite présenté est celui de 2022, une métropole peuplée de 40 millions d’habitants, qui s’entassent les uns sur les autres, souffrent du réchauffement du climat, du manque cruel d’hygiène, du rationnement d’électricité et surtout de l’absence de nourriture. Les fruits, les légumes (le papier également), ou pire, la viande, ne sont réservés -en quantité limitée- qu’à l’élite dirigeante, et l’énorme majorité de la population est contrainte de se contenter des substituts que sont les soleils, tablettes prétendument à base de soja (soleil jaune) ou de plancton (soleil vert).

Dans cet univers particulièrement glauque, nous sommes invités à suivre l’enquête que mène Thorn, alias Heston, sur un meurtre apparemment crapuleux, mais qui cache en réalité un assassinat politique. On découvre ainsi peu à peu la nature profonde de cette société totalitaire, gangrénée par la corruption et le mensonge, méprisant la vie humaine, se satisfaisant de l’énorme fossé de richesses, une société dans laquelle les possédants semblent avoir le monopole officiel de l’usage des armes, où les émeutes de la faim sont réprimées sans pitié (à coups de " dégageuses " déshumanisées, une image particulièrement forte), et qui s’enfonce inexorablement dans une infernale spirale régressive, ainsi qu’en témoigne l’atroce révélation finale, qui ne peut que vous donner le frisson (malgré l’atténuation due aux draps blancs)... Même l’esthétique, marquée par la mode des " seventies ", s’avère moins choquante que dans Rollerball, par exemple, et ne gache absolument pas le film.

Soleil vert se situe ainsi pleinement dans la veine d’œuvres comme La planète des singes, Orange mécanique, THX 1138 ou, dans une moindre mesure, Le survivant et L’âge de cristal, des fables grinçantes d’un profond pessimisme sur les sociétés humaines. Même l’existence de Dieu est remise en cause, et la flamme d’espoir, l’appel au peuple (comme dans 1984) semble extrêmement fragile : l’appel à une autorité supérieure contre la politique d’une entreprise géante n’est-elle pas en grande partie illusoire ? Un film à bien des égards d’actualité, mais que l’on espère capable encore d’éveiller un sentiment de révolte constructeur...

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