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ALIEN, LE 8e PASSAGER

sans parler du chat.

mardi 1er février 2005, par Francesco, le mage Kélé

Ridley SCOTT (1937-)

Etats-Unis, 1979, Alien

John Hurt, Sigourney Weaver, Tom Skerrit, Harry Dean Stanton, Ian Holm, Yaphet Kotto

L’imaginaire humain a produit plusieurs sortes d’extraterrestres. Certains sont des dieux ou l’équivalent de nos dieux (avec des intentions plus ou moins bonnes), d’autres sont juste de passage et cherchent à rentrer chez eux, beaucoup viennent élargir leur espace vital... Et il y a les aliens. Une forme de vie parasite, opportuniste, intelligente, puissante, sans conscience et mortelle. (Au passage, l’origine du mot "alien" dans le sens d’"extraterrestre" date de 1944 et apparaît pour la première fois dans une revue de science-fiction : Astounding Science Fiction. Il vient du latin et signifie en général "étranger". A l’heure où j’écris, le mot n’est pas dans les dictionnaires français mais tout le monde le comprend et les traducteurs n’hésitent pas l’employer.) Pour poser le mythe, les grandes forces du film de Ridley Scott sont la simplicité et la linéarité de l’histoire et la lenteur des scènes.

Dans l’espace, l’équipage du cargo Nostromo (deux femmes, cinq hommes et un chat nommé Jones) est sorti de sa léthargie artificielle pour partir sur les traces d’un signal d’origine inconnue. Sur place, l’un des hommes est attaqué par une espèce de pieuvre jaune sortie d’un œuf comme un diable de sa boîte. La pieuvre pond puis meurt. L’homme semble guéri mais meurt en donnant naissance à la bête qui va consciencieusement décimer l’équipage. Dès lors, on ne sait pas qui va survivre. Ni même si quelqu’un va survivre.

La narration suit alors la règle des trois unités : même lieu, même temps, même action. Le tout, avec la lenteur suffisante pour décrire et illustrer les qualités (ou les défauts, c’est selon) de la bête et pour installer un suspense, une angoisse, une attente de la part du spectateur. Un personnage a toutes les chances d’être attaqué par la bête dès lors qu’il est isolé. Pourtant, le temps passe, le personnage progresse dans le grand vaisseau changé en terrain de chasse et est finalement frappé, après de longues minutes, par une bête, jusqu’ici dissimulée par le cadre, qu’on devine d’abord dans le flou de l’image pour ne la voir vraiment que de courtes secondes. On appelle ça du cinéma et la tactique fonctionne toujours.

L’histoire a beau être de la science-fiction (visuellement, les ordinateurs n’ont guère évolué depuis 2001, odyssée de l’espace, tourné 10 ans plus tôt), elle est imprégnée d’un fort réalisme qui la rend parfaitement crédible. Les personnages ont des réactions normales : ils s’enquiquinent sur les places ou les primes, s’appuient sur les procédures, font des mamours au chat et connaissent de fortes rivalités internes. La confrontation la plus évidente oppose le lieutenant Ripley à l’officier scientifique Ash. La première respecte scrupuleusement le règlement. Intelligente, elle s’exprime généralement sur un ton froid et cassant mais ses émotions humaines vont bientôt prendre le dessus. Ash, quant à lui, est l’instrument de la Compagnie (et en plus, c’est un robot). Il est en outre fasciné par la "pureté" de la bête.

Ridley Scott fait preuve d’un grande maîtrise, toujours efficace des années après. Utilisant à fond les artifices de la science-fiction que sont les détecteurs de mouvements et l’intercommunication, il en fait des éléments dramatiques essentiels. Témoin la grande scène de la mort du commandant du vaisseau, Dallas. Celui-ci est parti piéger la bête dans les conduits d’aération. On suit sa progression avec le reste de l’équipage grâce à un petit point sur un écran. Un petit point dont la traduction sonore est calquée sur les battements du cœur. Et on voit soudain au autre petit point qui se rapproche à grande vitesse du premier, puis s’immobilise et disparaît donc de l’écran. Alors, un plan à l’intérieur du conduit nous montre la future victime qui ne voit vraiment rien venir, ni à gauche, ni à droite. Mais elle n’a pas regardé dans le couloir du dessous. En parallèle, on entend les hurlements désespérés de Lambert sur les images des conduits d’aération vides, tandis que les hurlements de douleur de Dallas sont montés avec les images de l’équipage (en particulier Ripley, en liaison radio directe avec lui). Loin de créer de la distance, cet effet rapproche le spectateur de la souffrance de la victime et de l’équipage. Le tout, sans montrer de viande froide ou de sang. Voilà, vous venez de lire une critique d’Alien où il n’a pas été du tout question de la scène culte de la petite culotte.

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