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Déjeuner d’affaires avec l’Antéchrist

vendredi 23 mai 2003, par Maestro

Auteur : Michael MOORCOCK (1939-)

Pays : Grande-Bretagne, 1995, Lunching with the Antechrist

Editeur : Denoël, coll. "Lunes d’encre", 1995, 336 p.

Sans doute stimulé par le succès critique de Mother London, Denoël poursuit la publication des écrits du grand Moorcock, en portant cette fois son dévolu sur un recueil de nouvelles plutôt atypique. Certes, toutes ont comme point commun de mettre en scène des membres de la famille étendue des von Bek, déjà à l’honneur dans la trilogie Le chien de guerre et la douleur du monde, La cité des étoiles d’automne et La fille de la voleuse de rêves, constitutive du mégacycle du champion éternel. Pourtant, dans ces sept textes, pas d’aventure épique, de chevauchée fantastique ou d’intrigue bouleversant le multivers, simplement des hommes et des femmes confrontés au doute, à la douleur, et plus généralement à la recherche de sens.

Ainsi, dans "L’Amiral Hiver", l’héroïne tente de se reconstruire à l’écart du monde après la mort brutale de son mari. "La Roue de Fortune", dont l’action se déroule peu de temps après la fin de la première guerre mondiale, dans l’occident du bassin méditerranéen, montre un homme désoeuvré, en errance professionnelle et personnelle, dont une vaine chasse au trésor en Afrique du nord provoquera la mort de la femme dont il était séparé. "Un chanteur mort", qui présente un Jimi Hendrix ressucité, est à la fois une métaphore du message éternel de la musique rock et une illustration de la dérive de la génération hippie des années 60, perdue dans les illusions de la drogue, tout comme dans "Le Général Opium". Ce texte, qui contient un indéniable élément fantastique, peut être rapproché de "Tête-à-tête avec l’Antéchrist", dont la figure centrale est un prêtre défroqué qui tente de diffuser un message d’amour et de tolérance, et qui explique avoir rencontré une créature féérique ; une vision plutôt pessimiste d’une société qui ne croit plus à l’imaginaire et dont les médias n’offrent qu’une approche supperficielle des efforts déployés par certains pour redresser une réalité décrépie.

Les deux dernières nouvelles se placent dans un avenir proche et particulièrement sombre. Ainsi, "La Bourse du Caire" se déroule dans une Egypte polluée, au développement uniquement basé sur le tourisme, qui s’enfonce passivement dans la pauvreté ; un occidental, lui aussi en perte de repères et de but, tente de donner un sens à sa vie en partant à la recherche de sa sœur disparue, mais leurs retrouvailles aboutiront à un constat d’échec communicatif. Quant à "Incursion au Cambodge", déjà publiée dans le petit opuscule de Mille-et-une Nuits, Souvenirs de la troisième guerre mondiale, et que l’on peut à la rigueur rapprocher de la trilogie d’Oswald Bastable, il braque le projecteur sur une troupe de cosaques engagée près d’Angkor dans un conflit global qui reste indéfini et difficile à dater, mais témoigne de l’absurdité de la guerre, les protagonistes épuisant peu à peu leurs ressources militaires pour sombrer dans un affrontement de plus en plus barbare... Un recueil intéressant, qui donne une image quelque peu différente des grandes sagas fantastiques de Moorcock, et contient en outre une bibliographie exhaustive de l’auteur fort précieuse.

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