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Qui-Vient-Du-Bruit

vendredi 16 mai 2003, par Maestro

Pierre BORDAGE (1955-)

France, 2002

L’Atalante, 2002, 416 p.

Alors qu’on pouvait craindre de la part de Pierre Bordage un certain affaiblissement de l’inspiration, avec le décevant L’évangile du serpent, voire l’inabouti Orchéron, ce premier volume d’un nouveau cycle témoigne de la pleine santé de l’auteur. A travers Celui-qui-vient-du-bruit, Bordage retrouve une nouvelle fois le space-opéra, et avec un brio certain. A la suite des guerres de la dispersion, l’humanité s’est retrouvée éclatée à travers les innombrables systèmes stellaires de la galaxie, évoluant en autant de rameaux différents. Le seul lien entre toutes ces civilisations réside dans la confrérie des griots célestes, des voyageurs qui consacrent leur vie au chant afin de transmettre la mémoire collective de l’espèce humaine, tels des aèdes modernes. Soumis à un écoulement particulier du temps, ils voguent de planète en planète grâce à la mystérieuse puissance de la Chaldria. Pourtant, dans toute la galaxie, un étrange culte ne cesse de se développer autour d’un animal mythique, l’anguizz. Le but de ses sectateurs est l’avènement du néant, ce qui passe entre autre par l’élimination des griots.

Pour nous faire peu à peu découvrir cette intrigue, Pierre Bordage centre l’action sur Marmat Tchalé, griot vétéran quelque peu désabusé, et surtout sur son disciple, Seke, enfant sauvage (le " Celui-qui-vient-du-bruit " du titre) qui s’intègre progressivement à l’humanité. On retrouve avec ce roman tout ce qui fait la force de l’auteur, mais également certaines de ses limites. Parmi les indéniables réussites, il y a bien sûr son talent de conteur : véritable jongleur des mots et des sons, Bordage sait nous rendre attachant sa galerie de personnages, et parvient à nous surprendre malgré un déroulement narratif relativement traditionnel. De plus, les planètes à travers lesquels nous voyageons sont toutes dotées de caractéristiques fortes, de Jézomine, rigide socialement, aux cruelles coutumes, à Logon, centre névralgique de la confrérie des griots, en passant par Ez Kkez, monde déchu à la population dégénérée. A cet égard, le cadre le plus intéressant est sans doute Onoe : un vaisseau de colons s’y était écrasé, et l’intelligence artificielle du bord, piratée par les sectateurs de l’anguizz, s’est efforcée d’isoler la population humaine et de la priver d’autonomie ; seul un certain nombre de dissidents, refusant cette prison, décidèrent de fuir dans l’environnement naturel de la planète, donnant naissance à une nouvelle branche de l’évolution...

Néanmoins, avec ce dernier exemple, on retrouve la principale faiblesse de Bordage, une vision idéologique qui manque de profondeur, entre les partisans de la vie, et donc du mouvement, et les nihilistes absolus du serpent aux plumes de feu (une dichotomie guère éloignée du fil rouge des Derniers hommes). Ne boudons pas pour autant notre plaisir, Celui-qui-vient-du-bruit est un excellent roman, qui confirme la place de son auteur au panthéon de la SF française.

La suite dans Le dragon aux plumes de sang

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