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Kirinyaga

Une utopie africaine

dimanche 1er juin 2003, par von Bek

Mike RESNICK (1942-)

Etats-Unis, 1998, Kirinyaga

Denoël, coll. "Présences", 1998, 325 p.

"Ngai est le créateur du monde. Il créa le lion et l’éléphant, la vaste savane et les hautes montagnes, le Kikuyu, le Masaï et le Wakamba". Koriba, le narrateur de Kirinyaga est un kikuyu et fier de l’être mais dans le Kenya du XXIIe siècle, il n’y a plus de Masaï, de Kikuyu ou de Wakamba, et encore moins de lions ou d’éléphants, mais des Kenyans urbanisés, occidentalisés. Bien qu’ayant suivi l’enseignement des meilleures universités occidentales, Koriba aspire à ressuciter sur un planétoïde le monde qu’il estime être celui des Kikuyus. Au XXIIe l’espace intersidéral offre aux Hommes de multiples planètes où bâtir de nouveaux mondes, des utopies surveillées par le Conseil des Utopies. Celle de Koriba, dans laquelle il joue le rôle de mundumugu -sorcier-, recrée la vie primitive des Kikuyus et porte le nom kikuyu du mont Kenya : Kirinyaga. Est-il cependant possible de vivre selon un mode de vie ancestral - d’aucuns diraient primitif et d’autres, politiquement corrects, premier - sans voir celui-ci altéré par les contacts avec l’extérieur ? A grand renfort de paraboles déguisées en contes, le mundumugu tente de préserver le fragile équilibre qu’il a construit.

Faut-il s’étonner que lorsque Orson Scott Card sollicita la participation de Mike Resnick pour une anthologie thématique sur les utopies, l’auteur de L’infernale comédie en ait inventé une africaine ? Mais peut-on parler d’utopie dans le cas de Kirinyaga ? Car assurément, si Koriba le narrateur apparaît sympathique à force de défendre ses idées et de chercher à préserver une culture menacée de disparition, le modèle de société qu’il prône apparaît lui indéfendable. Que penser d’une société qui voue la femme aux tâches ménagères, proscrit l’accès aux progrès - mêmes médicaux - des autres civilisations et à l’éducation la plus basique celle de l’alphabétisation ? La quête de l’isolement absolu revient à refuser le changement, l’évolution, et donc à en renier le bien fondé et même la réalité puisque la société kikuyu défendue par Koriba est nécessairement le fruit d’une évolution.

L’impossiblité de l’isolement conduit d’ailleurs lentement Kirinyaga à sa perte au grès des 8 nouvelles qui composent le recueil. Progressivement, l’utopie s’effrite devant l’incompréhension du Conseil des Utopies ("Kirinyaga"), les appétits des Kikuyus ("Toucher le ciel" ou "De vagues connaissances") ou même les besoins de la communauté ("le lotus et la lance"). Derrière Kirinyaga, il y a toujours l’énigme de la facination de son auteur pour l’Afrique confrontée à la modernité et comme dans Paradis, Purgatoire et Enfer, cette Afrique est toujours tragique.

Toucher le ciel

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