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L’univers vagabond

samedi 8 mai 2004, par Maestro

Léon GROC (1882-1956) & Jacqueline ZORN

France, 1950

Le Sillage, 278 p.

Ce roman aujourd’hui bien oublié s’inscrit dans une époque de transition pour la science-fiction hexagonale, entre les derniers feux de l’entre-deux guerres dont les romans de Jacques Spitz sont le symbole (La guerre des mouches, L’homme élastique), et le renouveau des années 60. Dans cet après-guerre, la figure d’un Barjavel est une des seules à avoir surnagé, et à la lecture de ce roman, on comprend mieux pourquoi. Il faut dire que L’univers vagabond est non seulement très linéaire et peu original sur la forme, mais également trop conventionnel sur le fond.

L’univers vagabond, c’est un vaisseau spatial simplement baptisé Cosmos, dans lequel deux savants géniaux décident de s’embarquer avec femmes et enfants, pour un voyage de plus d’un siècle à destination de Proxima du Centaure. Une décision qui s’apparente plus à un coup de tête faisant douter de l’intelligence des dits savants, lorsque l’on sait que cet objectif est particulièrement flou, la présence d’une planète habitable n’étant qu’une hypothèse ! Le roman nous fait donc découvrir, au fil des chapitres, et avec l’aide d’un arbre généalogique placé en fin d’ouvrage, la succession des générations de voyageurs, contraintes de respecter certains principes indispensables pour la survie de tous, à savoir un quota de treize passagers (obligeant à pratiquer l’euthanasie pour les doyens) et la nécessité pour chaque enfant d’épouser un des enfants du couple de parents parallèle et de donner le jour à un garçon et une fille.

Les imprévus restent cependant rares, et la vie quotidienne est tellement limitée que la lecture traîne en longueur. Bien sûr, un des couples finira par transgresser la règle immuable en procréant deux fils, ce qui entraînera la répétition biblique du meurtre d’Abel par Caïn matinée du tragique de Tristan et Iseut. Ajoutons à cela un style simple, voire simpliste, et des remarques d’une banalité et d’un rétrograde affligeant, même pour 1950 (sur le rôle de la femme, par exemple, dont l’une trouvera d’ailleurs l’épanouissement en restant une vierge pure et exemplaire, sorte de nouvelle Jeanne d’Arc), et l’on comprendra que L’univers vagabond ne peut rivaliser avec les chef d’œuvres de la production outre-atlantique contemporaine.

Avec l’arrivée dans le système de Proxima, l’intérêt est brièvement relancé par la découverte d’une vie extra-terrestre de nature minérale. La similitude avec un des thèmes de l’œuvre du grand Rosny Aîné s’arrête cependant là : la rencontre débouche rapidement sur la confrontation, puis la fuite du Cosmos, qui ne trouve rien de mieux à faire... que de reprendre le chemin de la Terre ! Un coup pour rien, en somme, et ce n’est pas le final du roman, plutôt triste humainement, qui suffit à corriger cette désagréable sensation de superficialité que l’on éprouve au sortir de cet Univers vagabond. Une curiosité à conseiller aux inconditionnels de la science-fiction française et aux amateurs de découvertes archéologiques.

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