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Les îles du soleil

One People, One Empire, One Leader

samedi 1er octobre 2005, par von Bek

Ian R. MacLEOD (1956-)

Grande-Bretagne, 2005, The Summer Isles

Gallimard, coll. "Folio", 2005, 413 p.

De l’uchronie Les îles du soleil, il suffira de dire qu’elle prête à la Grande-Bretagne le destin de l’Allemagne de l’Entre-deux-Guerres. La défaite entraînée par l’offensive de Ludendorff en 1917 plonge le pays dans une dépression morale, économique et politique. L’Empire s’étiole tandis que le chomâge et l’inflation explosent. Devant l’incapacité des politiques, perçus de plus en plus comme des escrocs par la simplicité populaire, l’espoir anglais se réfugie en la personne de John Arthur, un ancien combattant, blessé au front, qui sait par son discours apporter des certitudes. Les élections portent son parti et son idéologie, le Modernisme, au pouvoir en 1932. Très rapidement, les arrestations commencent, en même temps que les grands projets et la politique vindicatrice à l’égard des colonies rebelles et des anciens alliés perfides. Les juifs, les communistes, les socialistes, les homosexuels, autant d’individus pointés du doigt comme des dépravés, des déviants responsables de la catastrophe. Pour certains, c’est la prison. Pour d’autres, c’est la disparition ou l’installation dans le paradis des îles du soleil [1] La vie est difficile pour Griffin Brooke qui apprend qu’il souffre d’un cancer incurable. La vie est dangereuse pour Griffin Brooke, l’homosexuel dans un monde homophobe. La vie est aléatoire pour Griffin Brooke, le professeur d’histoire d’un collège oxfordien, ancien instituteur de John Arthur, Premier ministre de la Très-Grande-Bretagne. Surtout quand ledit instituteur sait qu’il n’a jamais eu d’élève portant ce nom.

Les îles du Soleil n’est pas un thriller comme Fatherland. C’est encore moins un regard jeté par un monde uchronique sur une histoire, la nôtre, qui aurait pu être la sienne. Le rapprochement du quatrième de couverture avec Le maître du haut-Château de Philip K. Dick ne se justifie donc que par le caractère dyschronique des deux livres. La Très-Grande-Bretagne de Ian MacLeod est une transposition anglaise fidèle de la Gröss Deutschland (la Grande Allemagne) de Hitler. On pourrait en opposer les grandes lignes termes à termes : idéologie nationale-socialiste contre modernisme, N.S.D.A.P. contre Alliance Impériale, S.A. ou S.S. contre Chevalier de Saint-George. Les vies et personnalités de Adolf Hitler et de John Arthur, à la fois semblables (ils sont deux anciens combattants) et divergentes (Arthur n’a pas la violence de Hitler dans ses discours), constituent le point d’orgue de ce parallélisme. Sans même le cacher, le roman de MacLeod avance une théorie structuraliste de l’histoire qui plaira aux historiens marxisants : les grands hommes sont davantage le produit de l’époque, remplis par une individualité remplaçable, que des individus spécifiques et uniques. Le lecteur adhérera ou pas.

Dans un premier temps Les îles du Soleil agace. Le narrateur, s’il n’habite pas seul avec maman dans un très vieil appartement rue Sarasate, n’en est pas moins un vieil homosexuel, travaillé par sa libido, vivant dans une société qui le proscrit et sombrant dans la nostalgie et les souvenirs qui constituent autant de retours en arrière expliquant les évolutions des événements de la première moitié du siècle. Le présent dans le roman, c’est 1940 et la Seconde Guerre mondiale n’a pas eu lieu, pas encore. Personnage pitoyable donc, torturé, que la naïveté de ses projets, la concupiscence crûment évoquée sans jamais être vulgaire, empêchent de trouver sympathique.

L’idée d’une simple transposition du destin de l’Allemagne à l’Angleterre agace aussi par sa simplicité. Quel intérêt ? Puis on se laisse conquérir par les références culturelles de la vie quotidienne anglaise qu’on suppose bien maîtrisées, par les descriptions de l’histoire intérieure d’Albion, par les allusions aux évolutions des autres nations (moins bien maîtrisées, il faut le dire car il n’est pas évident que de Gaulle, dans une France défaite en 1917, aurait évolué vers l’extrême-droite ; ni même surtout que la France battue une deuxième fois après 1870 se rapprocherait aussi vite de l’Allemagne pour esquisser la construction européenne). On pense à la trilogie de Mike Resnick, Paradis, Enfer et Purgatoire, qui calque sur des planètes l’histoire de trois pays africains et, qui donc n’a pas plus d’intérêt que la transposition de MacLeod.

Et puis il y a des fautes d’attention de l’auteur ou de traduction et d’édition française, trois au moins. Le narrateur dit avoir 65 ans en 1940 (p.37) mais il est né en 1880 (p.46). Page 37 le 10 juin est un jeudi et page 92 le 13 aussi. Enfin, alors que le point de divergence est théoriquement au début du XXe siècle, ce serait le roi Louis XIII qui aurait révoqué l’édit de Nantes et expulsé les huguenots [2].

Puis, passé ces premières pages fourmillantes de nostalgie et agaçantes pour ces fautes somme toute vénielles, l’intrigue déploie ses ailes et l’histoire déroule sa nouvelle trame, si prévisible jusqu’à sa conclusion mais toujours séduisante par sa créativité. Peut-être un livre, déjà lauréat du World Fantasy Award dans sa version novella, qui rendra Ian MacLeod immortel dans le petit monde de la S.F.


[1Celles-ci existent réellement et sont situées au large de l’embouchure du Loch Broom, par environ 5,5° de longitude Ouest et 58° de latitude Nord, soit la longitude de Brest et la lattitude de Göteborg. Seule la plus grande île, Tanera Mor, est habitée.

[2ce qu’aucun roi de France n’a jamais fait, Louis XIV, qui révoque le fameux édit de tolérance, leur ayant refusé le droit d’immigrer.

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