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Aqua™

La beauté du chaos

samedi 17 octobre 2009, par von Bek

Jean-Marc LIGNY (1956-)

France, 2006

L’Atalante, 730 p.

En 1993, dans les pages du n°102 de Yellow Submarine [1], André-François Ruaud louait Aqua, un court roman (188 pages !) de Jean-Marc Ligny, notamment pour avoir évité les travers de la « Nouvelle SF politique » des années 70 et avoir su justement ne jamais prendre position, évitant de rendre tout blanc ou tout noir - sans mauvais humour sur ce roman qui se passe en Afrique - ses personnages. On ne saurait à mon sens faire le même compliment au consistant AquaTM qui reprend la même base que son prédécesseur démarqué mais il n’en est pas pour autant dénué de qualité. Bien au contraire.

Alors que des terroristes fanatiques font sauter l’Afsluitdijk, provoquant une nouvelle transgression particulièrement dévastatrice en ces temps de réchauffement et dérèglement climatiques et donc de montée des eaux, un pirate pas aussi habile qu’il veut bien le croire, s’empare d’une image satellite montrant l’existence d’une nappe phréatique importante à l’emplacement du défunt lac de Bam au Burkina Faso. La publication de l’image sur le site d’une ONG alerte et l’Etat burkinabé et la société américaine Ressourcing installée à Kansas City qui se préparait à mettre la main sur ce qui est un véritable trésor dans un monde dont l’intérieur des continents est en voie d’assèchement. D’un côté Anthony Fueller, le patron américain, complote pour prendre possession de la nappe, de l’autre Fatimata, présidente du Burkina Faso enfin devenue démocratique, oeuvre pour sa mise en exploitation en faisant appel à l’ONG qui lui délègue deux clampins qui doivent traverser le Sahara au volant d’un camion chargé de matériel de forage : Laurie, la propre soeur du pirate, et Rudy, victime de l’inondation des Pays-Bas.

La dystopie est désormais un genre bien établi et le roman de Jean-Marc Ligny en constitue une des plus soignées. Prenant le monde actuel, l’auteur se livre à une dégradation méthodique de ses problèmes, aboutissant à une planète ravagée par le réchauffement climatique, dans un monde plus que jamais en proie à la rivalité économique ultralibérale qui a tourné en faveur de la Chine et des NPIA, causant le naufrage des Etats-Unis et leur désagrégation en plusieurs entités tandis que s’y développe un intégrisme chrétien raciste et aussi ultra-moralisateur qu’hypocrite. Pendant ce temps, les Africains continuent de mourir, il y a des choses qui ne changent pas.

Et pourtant si. Dans ce qui est une méthodique extrapolation des dysfonctionnements planétaires pointés du doigt par un des papes de l’altermondialisation Ignacio Ramonet, entre autre dans son livre Géopolitique du chaos (1997) cité dans la bibliographie, car il y en a une, Jean-Marc Ligny réussit quand même à placer une chose qui s’est améliorée : les dirigeants africains. Présents principalement en le personnage de Fatimata Konaté, présidente du Burkina Faso, et, de manière plus allusive dans le chef d’Etat du Mali, les dirigeants africains s’avèrent sages, non-corrompus et démocratiquement élus. Au moins ces deux là car des autres il n’est guère question. Autant dire qu’ici apparaît et un manichéisme a priori absent d’Aqua, et une rareté politique que vient étayer le personnage du putschiste Kawongolo, général trompé par la NSA engagée par Fuller pour déstabiliser le régime de la présidente Konaté.

Ce petit miracle de la politique souligne en fait l’idéalisme latent du roman. Tout semble merveilleux en Afrique sauf sa situation due bien sûr aux méchants occidentaux qui ont trompé les crédules africains. Jean-Marc Ligny loue tour à tour la vie simple mais rude des bédouins sahariens dans leurs oasis, les paysages, la culture africaine et ses mystères via la grand-mère Hadé Konaté, guérisseuse et magicienne. Justement la magie, les psychologies très caricaturales agacent d’autant plus qu’AquaTM traine un peu en longueur sans malheureusement être très subtile. Gageons que le fils cadet de Fuller, personnage handicapé autiste, en génie du mal télépathe, c’est un peu fort de café, même pour du robusta africain. Je sens déjà poindre les remarques intelligentes et autres apostrophes genre "Facho !" que vont me valoir ces lignes [2].

Pourtant, Jean-Marc Ligny a réalisé un roman fascinant, étonnamment fluide, en grande partie grâce à de très nombreux sous-chapitres, non dénué de poésie dans la description des paysages, et créatif sur de nombreux détails comme les enclaves à barrières plasma, dérivées des Gated Communities, les petits avant-textes (je ne sais pas comment on appelle ces citations préludant à un chapitre). AquaTM a surtout toute la beauté de l’horreur qu’il décrit. Au point qu’il conforte un article dégoté par Jean-Daniel Brègue...


[1La chronique est disponible ici sur Noosfère

[2Tu parles Charles, personne ne te lit.

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