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Destination univers

samedi 8 septembre 2012, par Maestro

Jean-Claude DUNYACH (1957-) et Jeanne-A DEBATS (1965-)

France, 2012

Griffe d’Encre, coll. "Anthologies", 242 p.

Voilà une anthologie de space opera qui n’est pas sans évoquer les regrettés Escales… du Fleuve noir, et dont un des mérites particuliers est de privilégier des auteurs moins connus du grand public mais tous ayant déjà fait leurs preuves.

« Les tiges » de Thomas Geha revisite le thème classique du contact avec des extra-terrestres à travers une histoire sobre et dépouillée, un amour tragique vécue par deux survivants de ce qui était autrefois l’humanité, désormais utilisée comme chair à canon par deux espèces antagonistes. Une illustration également de l’évolution et des symbioses dont la vie est faite. Anthony Boulanger frappe davantage avec « Evaporation et sublimation », un récit éclaté sur l’affrontement entre les humains et une forme de vie stellaire qui est transcendé par des descriptions véritablement poétiques de ces oiseaux-lumières, altérité demeurée incompréhensible… On peut d’ailleurs en rapprocher « Le bal des méduses », de Célia Deiana, une évocation du désir d’un enfant de voir plus grand que son ancrage local, au point d’embarquer à bord d’un navire spatial comme passager clandestin, odyssée qui se termine par des visions oniriques d’une grande beauté.

Plus direct et franc du collier, « Le gambit de Hunger » privilégie l’action, à travers cette chasseuse de prime désireuse de capturer le plus dangereux criminel de la galaxie. Riche en rebondissements et en retournements de situation, cette nouvelle séduit par son rythme et par sa fin plutôt inattendue, ce qui aide à lui pardonner le silence sur la nature des capacités médiumniques du dit Hunger. « Le marathon des trois lunes », signé Aurélie Ligier, marque également par sa prose pleine de violence et de sang, avec ce capitaine devant assumer des choix mettant en jeu la vie de milliers d’individus, hésitant entre une mort atroce par contamination ou une mort plus lente sur un monde isolé. Une terrible évocation de la difficulté d’assumer nos actes.

« Les dieux bruyants », de Laurent Genefort, déçoit de prime abord en raison de son apparent manque d’originalité. Il s’agit en effet d’une description des ravages causés par la colonisation industrielle humaine sur une planète occupée par une jungle et habitée par une espèce mi animale mi insectoïde, l’intrigue opposant la vision des autochtones et celles des humanoïdes. Malgré tout, l’histoire séduit, car en plus de soulever un profond sentiment de révolte et d’injustice, elle met en scène le sectateur d’un culte interplanétaire, croisement de millénarisme et de tiers-mondisme galactique, par qui adviendra le dénouement de l’intrigue.

Enfin, Olivier Paquet, qui avait récemment effectué son retour avec Les loups de Prague, propose un avant-goût de l’univers mis en scène dans son prochain cycle de space opera dans « Le Khan Mergen ». A travers une des nombreuses planètes colonisées par l’humanité, il développe les blocages que peut engendrer l’enfermement dans une seule et unique culture, au détriment du multiculturalisme et de l’ouverture sur l’ailleurs et le lointain. Un beau texte, qui se distingue par le choix de la culture mise en scène (celle des Mongols) et des personnages que l’on aurait aimé côtoyer encore davantage, ainsi de ce Khan déchu, loin de tout manichéisme.

Au rang des nouvelles plus décevantes, on doit surtout citer « Sleeping Beauty », de Anne Fakhouri, un récit plutôt longuet centré sur une famille éclatée -le père, le fils dont il a la charge, véritable petit génie du bricolage, et la mère indigne- et sur des androïdes utilisées comme créatures sexuelles : un texte qui peine à convaincre et ne décolle jamais véritablement.

Messages

  • Je vous remercie d’avoir apprécié cette anthologie et de le faire savoir :)

    Cependant je permets de m’inscrire en faux contre une distinction que vous y faites, abusivement selon moi :

    Thomas Geha et Anne Fakhouri SONT des auteurs confirmés, (dont l’un d’entre eux par le GPI notamment)
    il est possible que leur prose ne vous convainque pas personnellement et c’est votre droit le plus strict, mais c’est faire injure à leurs nombreux éditeurs et lecteurs pour leurs non moins nombreux ouvrages que de leur dénier ce statut.
    cordialement
    Jeanne-A Debats

    • Merci pour votre commentaire. Je vous avoue humblement ne pas connaître personnellement les écrits de Thomas Geha et Anne Fakhouri, ce qui explique la non attribution du qualificatif de "valeurs déjà confirmées". N’y voyez nulle intention critique, simplement un reflet de mes inévitables lacunes de lecture ! Si vous le souhaitez, je corrige la formule introductive.
      Bien à vous,
      Maestro

    • Je vous en serais reconnaissante en effet, ce serait dommage pour eux. :)
      Et je vous remercie encore de votre retour
      Jeanne-A

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