Accueil > CINECSTASY > D > 2001 ODYSSEE DE L’ESPACE

2001 ODYSSEE DE L’ESPACE

2001, par Palplathune

Stanley KUBRICK (1928-1999)

États-Unis, 1968

Keir Dulla, Gary Lockwood, William Sylvester, Daniel Richter

Imaginez l’appréhension de l’humble critique amateur qui se retrouve à devoir chroniquer un monument comme 2001. Car 2001 est une de ces oeuvres, comme quasiment tous les Kubrick, qui a marqué le cinéma et donné ses lettres de noblesse à la SF sur le grand écran. Nul besoin de préciser l’envergure de l’impact sur le spectateur (toujours valable aujourd’hui) qui ressort de la vision du film des images plein les yeux et des questions plein la tête mais ayant trouvé une définition à l’expression chef d’œuvre. L’histoire se divise en quatre tableaux. Le premier nous montre l’aube de l’humanité et la vie d’une tribu d’anthropoïdes dont l’existence est changée par l’irruption d’un mystérieux monolithe noir. Le deuxième situé dans un futur proche nous amène sur la Lune où a été trouvé un nouveau monolithe. Le troisième est le voyage de quelques astronautes vers Jupiter et les problèmes qu’ils connaissent avec HAL 9000, le super-ordinateur gérant le vaisseau. Enfin, le quatrième segment fait pénétrer Bowman dans le fameux monolithe.

Ce qu’il y a de bien avec Kubrick, c’est que quel que soit le sujet de ses films, il est toujours soutenu par une réalisation technique parfaite. Chaque plan est une merveille visuelle, extrêmement élaborée, où l’on reconnaît continuellement sa patte (plans longs, travellings recherchés ou longs zooms arrières, tout l’inverse d’un Michael Bay, quoi !). L’usage de la musique pour soutenir les scènes s’avère aussi très judicieux, son utilisation du Beau Danube bleu est maintenant légendaire (même si pour cela il refusa une très bonne partition d’Alex North). Notons aussi que 2001 est un des rares films de SF à respecter la réalité des voyages spatiaux : pas de sons dans l’espace, pas de réacteurs toujours allumés...

Mais il faut plus que ça pour obtenir un chef d’œuvre. Or le scénario de Kubrick et Arthur C. Clarke, le célèbre auteur de SF, est d’une ambition rarement égalée au cinéma et dans la SF : raconter l’humanité. Cependant, le fait d’avoir lu ou non le livre a tendance à changer l’interprétation qu’on peut donner au film ( car tout grand film est sujet à de nombreuses interprétations). Ainsi, la lecture de 2001 et de ses suites ne fait apparaître dans le film " que " l’influence des extra-terrestres sur le développement humain à travers le temps et tend à tout rationaliser. Or la vision du film sans ces sources auxquelles se raccrocher permet des analyses plus larges. Si l’influence des extra-terrestres demeure en filigrane, Kubrick nous révèle (encore une fois) sa vision de la nature humaine. Le prologue nous montre en effet les premiers représentants de l’espèce découvrir l’usage d’os, très vite notre ancêtre s’en sert pour tuer un de ses rivaux. Dans un enchaînement célèbre, l’os fait place à un astronef futuriste. Os et astronef ne sont que des outils, des instruments dont l’utilisation dépend toujours de l’être humain et qui finira par être la même : l’exercice d’un pouvoir (celui de tuer dans le prologue) sur son prochain. Le passage avec HAL illustre cette idée à la perfection : ce super-ordinateur création de l’homme va lui aussi réussir à accéder à une certaine humanité, par le biais de l’expression de sentiments " I’m afraid, Dave " ou bien la chanson pour enfants), et par conséquent chercher à asservir et tuer ses rivaux (les astronautes) qui gênent la bonne marche de sa mission. Cette vision de la nature humaine peut apparaître pessimiste, mais Kubrick se permet tout de même une touche d’optimisme dans sa conclusion. Bowman est en effet aspiré par le monolithe : il accède alors à l’immensité de l’espace mais plus encore, il est témoin de la création de la vie dans son échelle la plus grande. Logiquement, il est ensuite le témoin de la vie à une échelle beaucoup plus réduite : l’échelle individuelle, c’est-à-dire sa propre vie. Cette double prise de conscience permet d’accéder à une nouvelle humanité : la naissance d’une nouvelle race meilleure, capable d’embrasser la galaxie.

Ce n’est évidemment là qu’une interprétation parmi tant d’autres. 2001 est en effet un de ces films qui peuvent alimenter les discussions d’une soirée entre amis pour en déterminer le sens. Et c’est normal, car il est un des rares, si ce n’est le seul, à pouvoir être qualifié de film philosophique. Par conséquent, il est indispensable à votre culture.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?