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Les olympiades truquées

samedi 26 septembre 2009, par Maestro

Joëlle WINTREBERT (1949-)

France, 1980

Initialement publié dans la collection « Ici et maintenant » des éditions Kesselring, Les Olympiades truquées, un des premiers romans de Joëlle Wintrebert, fit l’objet d’une version remaniée et augmentée en 1998, chez Bifrost / Etoiles vives, ici transposée en format poche.

Assurément un des romans phares de la fin de la période ouverte par Mai 68, Les Olympiades truquées est écrit d’une plume acérée, vive, parfois poétique, avec un sens du rythme et de l’intrigue finement maîtrisé. Sur fond de manipulations génétiques, d’eugénisme dominant et de clones commandés par les puissants pour leur servir de réserves d’organes de rechange, et avec une nette condamnation de la logique capitaliste (« Un abîme s’était creusé entre les classes sociales. Bouleversée, Maël avait découvert l’injustice d’un système où les lois de la concurrence dévoraient les plus petits », p.190), Wintrebert dirige l’essentiel des feux de sa critique vers le sport de compétition et la violence qu’il véhicule. Par ce biais, l’auteure condamne nettement la logique capitaliste (« Un abîme s’était creusé entre les classes sociales. Bouleversée, Maël avait découvert l’injustice d’un système où les lois de la concurrence dévoraient les plus petits », p.190) mais aussi l’industrialisation des sportifs pratiquée par les Etats du « socialisme réel », les jeux olympiques d’alors se tenant justement à Moscou.

On a ici comme l’équivalent fictionnel des élaborations conceptuelles de la théorie critique du sport, initiée principalement par Jean-Marie Brohm : modifiés et dopés à outrance, soumis à un véritable régime carcéral, les sportifs de haut niveau sont exploités puis connaissent après leur apogée nécessairement éphémère une chute abyssale et une mort prématurée. En outre, « (…) il fallait continuer de donner au peuple cette soupape où son mal de vivre pouvait se déchaîner dans l’hystérie collective. Il fallait continuer de lui donner ces figures d’identification où s’inscrivaient le culte du devoir, le sens du sacrifice pour la collectivité, l’idéologie du surhomme et du dépassement de soi. Il fallait continuer de lui donner le spectacle de cette forme supérieure de torture légalisée par une légitimité culturelle, étayée par une apparente innocence politique » (p.84).

Face à cette triste réalité, illustrée par le sort de Sphyrène, jeune nageuse d’exception, quelques individus, en dépit des risques élevées (les révolutionnaires sont désormais soumis à une « psychothérapie corrective », lobotomisés et utilisés comme cobayes pour des tests chimiques), font de la résistance. Regroupés, comme Maël, la clonée, au sein du GRAAL (Groupe de Résistance des Anarchistes Armés pour la Liberté), ils tentent de s’opposer aux « technofascismes » (p.311) à l’occasion des jeux olympiques de Téhéran.

Si le final est un peu trop rapide, on appréciera la fin poignante et sensible, tout comme l’art qu’a l’auteure de peindre un tableau naturel et par petites touches des évolutions techniques de cette société de notre proche avenir.

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