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Zanorah

samedi 13 juillet 2013, par Maestro

Daniel PIRET (1933-)

France, 2013

Black Coat Press, coll. "Rivière Blanche", 268 p.

ISBN : 978-1-61227-180-4

De la même manière que pour Aliens en Périgord, Zanorah regroupe deux romans inédits de Daniel Piret, auteur historique du Fleuve noir, probablement écrits entre les années 1970 et 1980 (les allusions au basic ou aux magnétophones dans Zanorah, ou les cassettes nécessaires à la mémoire de la Grande Conscience dans Antheor, sont là pour en témoigner).

Zanorah est le récit des aventures vécues par Daan, ancien militaire et désormais pilote spatial, dans un univers de space opera. Quelques siècles dans l’avenir, l’humanité a essaimé à travers la galaxie, la Terre d’origine ayant basculé dans le mythe. Après une soirée de jeu bien arrosée, Daan ne parvient que de justesse à embarquer à bord de son navire, sollicité de force par un quatuor mal assorti. La seule femme, Valnéa, souhaite en réalité retrouver sa planète d’origine, la légendaire Zanorah, astre insaisissable et cadre des pires horreurs. Une fois parvenus à destination, Daan, son ami Isaa et leurs compagnons forcés découvrent un monde ravagé, où les humains ont régressé à un âge pré industriel, vivant parmi les ruines d’un âge d’or scientifique et soumis à une espèce aussi cruelle qu’antipathique, celle des Orgones. Si Zanorah souffre d’une mise en forme perfectible et de quelques incohérences non explicitées (comment Valnéa a-t-elle survécu quatre siècles durant hors de Zanorah ? Pourquoi révèle-t-elle une vérité aussi secrète à Daan, qui plus est sans beaucoup de scrupules ?), la lecture en est plutôt agréable, grâce au ton de Daan, léger et cabotin [1], et à un scénario qui ménage quelques visions marquantes et promeut une certaine complexité, liée au ballotement de Zanorah dans l’espace-temps. Si l’on retrouve la crainte d’une domination des humains par des ordinateurs devenus autonomes (tout comme c’était déjà le cas dans Le Crépuscule des idoles, second roman de Projet Espoir), et si Daniel Piret s’efforce de concilier l’histoire mystérieuse qu’il affectionne (voir Aliens en Périgord) avec une problématique plus hard science basée sur les carrefours temporels, le message un peu convenu de Zanorah consiste en un appel au respect des différences et à l’association des formes de vie humanoïdes dans un projet commun.

Anthéor, le second roman, s’inscrit plutôt dans la lignée des romans post-apocalyptiques comme Un Cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller. Il est divisé en deux récits bien distincts. Le premier, « L’Eglise d’Antheor », est la classique illustration d’une théocratie ayant bâti ses privilèges sur l’utilisation d’une mécanique d’antan, un robot nommé Antheor et bombardé divinité. Tout bascule le jour où Antheor se meurt, puisque la population entre alors en révolte. L’opposition rationaliste, composée de scientifiques, s’empresse de mettre la main sur les secrets de l’Eglise, afin de comprendre les origines de leur civilisation. Ils sont toutefois eux aussi victimes de foules finalement aisément malléables, la vision de l’humanité qui se dégage de ce récit étant franchement fataliste et pessimiste, celle d’une évolution cyclique et d’une nature humaine chroniquement corrompue par les germes de la violence, de la guerre, de la soif de pouvoir et de la domination d’une minorité sur la majorité. Avant d’être écharpé par la foule ivre de sang, un des scientifiques découvre toutefois un manuscrit censé raconter la vie d’Antheor, dont on ignore cependant qui l’a écrit. « Le monde d’Antheor » n’est en effet pas la reproduction du manuscrit à laquelle on aurait pu s’attendre, mais un récit à la troisième personne de la destinée d’Antheor, créature de la Grande Conscience, pris en charge par une autre entité informatique afin de redonner une place à l’humanité sur la Terre. L’occasion de dénoncer une science de plus en plus coupée de la population et au service des intérêts de quelques-uns (les mutations décrites étant le fruit de manipulations génétiques et non des traditionnels effets des radiations nucléaires), ainsi que les risques de l’émergence d’intelligences artificielles.

Deux romans d’une lecture agréable, donc, qui compensent une originalité réduite par une efficacité certaine.


Pour commander Zanorah suivez le lien vers les éditions Black Coat Press !


[1Et même un brin machiste, comme en témoigne la réflexion suivante : « Elle se laisse aller, malgré tous ses surprenants pouvoirs, elle n’est malgré tout qu’une femme », p.44.

Messages

  • Ma femme et moi avons beaucoup aimé l’originalité de ces deux romans et nous les conseillons vivement.
    Daniel Piret grand auteur de science fiction nous fait voyager comme à son habitude dans l’espace et le temps au travers d’une quête mystique toujours en interrogation sur l’origine et la destinée de l’homme.
    Souvent taxé de pessimiste mais en réalité toujours très réaliste...nous sommes bien dans l’anticipation .

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