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PREMIER CONTACT

dimanche 8 janvier 2017, par Maestro

Denis VILLENEUVE (1967-)

Canada, 2016

Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker.

Denis Villeneuve est un réalisateur talentueux, qui s’est essayé à de multiples genres en leur imprimant sa patte, que ce soit le film de guerre (civile) avec Incendies ou le thriller avec Sicario. Et tout comme Kubrick, il n’hésite pas à s’aventurer dans la science-fiction, sous son angle le plus ambitieux. Premier contact se situe en effet dans la lignée d’un 2001 et d’un Interstellar, de Rencontres du troisième type également dans une moindre mesure, en ceci qu’il développe un propos scientifique, cérébral, invitant à réfléchir au contact avec une civilisation extra-terrestre autrement que sous l’angle premier degré d’un Independence Day.

Le scénario, écrit par Eric Heisserer, est tiré d’une nouvelle de Ted Chiang, « L’histoire de ta vie », intégrée au recueil La Tour de Babylone. Il est centré sur le personnage de Louise Banks, experte en linguistique, sollicitée par l’armée afin d’assurer la traduction d’un langage extra-terrestre. En ce début de XXIe siècle, en effet, douze vaisseaux sont apparus à divers endroits du globe, laissant des humains pénétrer en leur sein, sans pour autant que les échanges intelligibles ne soient possibles. Louise, ainsi que le physicien Ian Donnelly, vont ainsi se rendre à plusieurs reprises à l’intérieur du navire spatial stabilisé au-dessus du Montana. Ils y sont confrontés aux heptapodes, au langage proche de celui des baleines. Mais c’est par l’écriture que Louise va faciliter le rapprochement. Une écriture qui a ceci de particulier qu’elle ignore la chronologie, ou tout au moins sa linéarité.

Les progrès prennent toutefois du temps, alors que la situation sur Terre se tend : les populations succombent à la panique, à la violence et aux délires mystiques, tandis que certaines puissances sont prêtes à céder à l’usage de frappes militaires préventives (la Chine en particulier, abonnée dans le cinéma nord-américain au rôle de méchant emblématique depuis la disparition de l’URSS). Les efforts de Louise pour faire triompher en dépit de tout l’ouverture vers l’altérité et l’échange apaisé sont en outre parasités par des visions qu’elle est la seule à voir et qui se multiplient. Dans celles-ci, elle se souvient de sa fille, Hannah, atteinte à l’adolescence d’une maladie rare et mortelle… Louise parviendra finalement à faire entendre raison au redoutable et belliciste général Chang, en se défiant du temps.

Premier contact est un film extrêmement soigné, où chaque plan fait sens, et où la réflexion prime clairement sur l’action. Le rythme sait pourtant se faire plus tendu, ainsi lors de la tentative de certains militaires pour saborder les échanges avec les heptapodes, ou sur le final. Il n’empêche, ce qui intéresse au premier chef Denis Villeneuve, c’est l’échelle humaine, celle de Louise et de sa tragédie personnelle, porte d’entrée idéale vers des considérations plus cosmiques. Car ce que les heptapodes sont venus apporter à l’humanité (ATTENTION SPOILER !) n’est autre que leur langage, celui-là même qui, au fur et à mesure de sa maîtrise croissante, a reconfiguré le cerveau de Louise, lui ouvrant les portes du temps, élargissant sa mémoire aux événements du passé mais aussi de l’avenir ; car dans trois millénaires, les heptapodes auront besoin de l’aide de l’humanité, sans que l’on ne sache pourquoi et comment.

On comprend de la sorte certains éléments du film, le début et la fin qui sont identiques (le plan sur le plafond de la maison de Louise), la suspension de gravité au sein du vaisseau heptapode qui vaut indifférenciation entre haut et bas, passé et futur, ou le prénom palindromique de sa fille. Il y a aussi dans cette dimension métaphysique de Premier contact une invitation à l’acceptation de l’inévitable, ou de ce qui est présenté comme tel : toutes les destinées individuelles ont ainsi une place dans l’univers, et mieux connaître le déroulement à venir doit permettre de profiter à plein du moment présent. Avec ce petit chef d’œuvre, il y a de quoi être optimiste quant à la suite du mythique Blade Runner, intitulée Blade Runner 2049, confiée justement à Denis Villeneuve…

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