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Espérer le soleil

dimanche 17 février 2019, par Maestro

Nelly CHADOUR

France, 2017

Les Moutons électriques, coll. « La Bibliothèque voltaïque », 348 p.

Après avoir publié chez Rivière blanche ou Le Carnoplaste, Nelly Chadour livre un premier roman aux Moutons électriques, une fantasy urbaine sur fond d’uchronie particulièrement attachante. L’intrigue se déroule à Londres, à l’aube des années 1950. Dans ce continuum, un « Printemps Atomique » a eu lieu vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’initiative de Staline, ravageant l’Europe et laissant le Royaume-Uni sous une chape nuageuse rendant le soleil invisible.

Arthur Smitty, photographe de génie, s’efforçait de suivre les avancées de la police visant de mystérieuses disparitions d’enfants, lorsqu’il fit la rencontre de Gwen Dryland, fille d’un magnat de l’industrie et photographe amateur, atteinte d’anhédonie (c’est-à-dire d’absence d’émotions positives). Cette dernière retrouve également une vieille connaissance, ancien ami d’Arthur, en la personne de James Hawkins, chef de la pègre londonienne. Ensemble, ils vont se heurter à Vassilissa la vampire russe et au responsable des enlèvements, écartant le voile sur des réalités insoupçonnées.

Il y a, dans le roman de Nelly Chadour, une belle mixture d’influences, allant du Kim Newman de la trilogie Anno Dracula (cette Grande Bretagne alternative et fantasmatique) à James Barry (le personnage charismatique de David, les enfants perdus ou l’alter égo du Capitaine Crochet manchot). Surtout, la dimension multiculturelle de sa Londres de l’âge atomique, qui s’explique par le grand nombre de réfugiés qu’elle accueille plus ou moins généreusement, possède une incontestable dimension subversive, au vu du contexte qui est le nôtre… Sans oublier la figure du méchant, industriel incestueux, opposée à celle du bandit au grand cœur, ancien combattant anti-franquiste, qui plus est.

Le discours sous-jacent est donc politique au sens plein du terme. Mais plus largement, c’est la domination industrielle occidentale qui est sur le banc des accusés, approche post-coloniale aux teintes marxistes, qui nous prend par une veine particulièrement sensible : les enfants. Les patrimoines mythologiques russe, hindou, britannique, sont en outre convoqués et habilement entrecroisés, procurant à ce roman un surcroît d’épaisseur et de richesse, lui qui possède également des scènes d’action d’anthologie et met en scène la revanche sanglante du colonisé. Et si le soleil tant espéré finit par devenir un ennemi potentiel, on le trouve démultiplié, tout au fond du cœur de Gwen, dans les veines de David ou les yeux de Jaime.

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