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Grand Siècle (2ème et 3ème parties)

dimanche 22 mars 2020, par Maestro

Johan HELIOT (1970-)

France, 2018-2019

Mnémos, 288 et 304 p.

L’Académie de l’éther avait inauguré une trilogie dans laquelle le règne de Louis XIV connaissait une brusque accélération technologique à la suite de l’arrivée accidentelle, sur Terre, d’une intelligence artificielle extra-terrestre. Le lecteur découvrait ce siècle transfiguré à travers les destinées d’une fratrie venue à Paris. Ce sont les mêmes personnages que l’on retrouve dans ce second volet. Jeanne, l’aînée, dirige toujours son journal, voix majeure de l’opposition au souverain et à son projet phare, lancer la France à l’assaut du ciel. Pierre, alias La Cognée, qui s’était retrouvé condamné aux mines après être devenu aveugle, parvient à revenir sur Paris et à préparer patiemment sa vengeance. Estienne, fidèle soutien de Blaise Pascal, ingénieur en chef des travaux scientifiques, prend sa succession après son assassinat. Martin, ayant réussi à intégrer le corps d’élite des Egrégores, se prépare à atteindre enfin l’éther. Quant à Marie, elle collectionne les amants, jusqu’à séduire le plus incandescent de tous… Tous vont voir leur sort entrer en collision, les rebondissements succédant aux retournements de situation, la papauté orchestrant des menées subversives tandis que la révolte couve contre le souverain absolu.

Ce second volet est mené pied au plancher par un Johan Heliot plus que jamais inspiré, dressant le portrait d’une France bouleversée par la modernité technologique, et multipliant les clins d’œil. Le roman propose ainsi des extraits d’une pièce de Molière, « Le Pédant des étoiles », et voit La Fontaine devenir présentateur d’une télévision muette avant l’heure, baptisée luxovision, dont les effets nocifs sont déjà soulignés ; sans oublier la conquête de l’espace, chapeautée par l’ANAS – Académie nationale des arts et des sciences – abréviation dans laquelle on aura reconnu l’anagramme de la NASA. Se construit là un véritable merveilleux scientifique du XVIIe siècle (avec un hommage transparent à Jules Verne, décidément figure tutélaire de Johan Heliot), appuyé sur une solide préparation documentaire : les personnages importants du « siècle de Louis XIV » sont bien là, de Bossuet à Monsieur, frère du roi, de Vauban à Fénelon, Louvois ou Jean Bart, et certains épisodes connus du règne sont subtilement détournés (ainsi des fameuses dragonnades). Alors certes, on pourrait reprocher à Johan Heliot une focalisation pratiquement exclusive sur le royaume de France, mais dans cette veine d’une science-fiction populaire et directe, L’Envol du Soleil est une franche réussite !

La Conquête de la Sphère conclut cette nouvelle trilogie uchronique de Johan Heliot, après celle de la Lune, toujours placée sous le signe du cosmos. La famille Caron demeure au cœur de l’intrigue. Si Martin s’efforce tant bien que mal de conserver sa place au sein du Soleil, l’astronef élaboré sous l’impulsion de l’intelligence extra-terrestre échouée sur Terre, Estienne, emprisonné, se rallie finalement à la volonté de son roi, pendant que Marie sombre dans la déchéance après avoir tout fait pour préserver sa fille Jeannette de la misère. Quant à Pierre et Jeanne, exilés hors du royaume de France, ils vont profiter de la guerre pour revenir sur Paris et orchestrer des retrouvailles avec le reste de leur fratrie éclatée. Car les rêves hégémoniques caressés par Louis XIV se heurtent finalement à une coalition d’envergure, dirigée par le pape Jules IV et Léopold de Habsbourg, souverain du Saint Empire. Les armées ennemies parviennent même à faire le siège de Paris, dont la dernière ligne de défense est un dôme à base d’effluve, pendant que le Soleil atteint enfin son objectif d’outre-ciel, susceptible d’assurer un avenir stellaire à l’humanité…

Ce troisième volet est celui des ultimes révélations, en particulier sur le Portulan, cette intelligence extra-terrestre, et sur ses commanditaires, et se clôt par un climax intense. Toujours émaillé de clins d’œil savoureux – à Alien, Wells ou Delacroix, et même aux « deux corps du roi » – il contracte l’histoire de par cette accélération du progrès, évoquant aussi bien la guerre de 1870 que celle de 1914-1918. Bien que d’une lecture facile qui n’approfondit pas en détails les dimensions sociologiques ou politiques, La Conquête de la Sphère montre clairement un progrès technologique profitant avant tout aux élites et aux puissants, pendant que les masses populaires souffrent toujours sous le joug. Par le biais de Jeanne, l’auteur n’hésite d’ailleurs pas à légitimer la violence révolutionnaire et son efficacité supérieure à celle de la propagande écrite. Pourtant, la Commune de Paris qui s’impose à la fin du livre tourne rapidement court, renouant avec la domination monarchique traditionnelle, pendant que les Caron se mettent au service d’un autre royaume, légèrement plus libéral. Une conclusion en demi-teinte, qui n’atteint pas le lustre de la trilogie.

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