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Blitzkrieg

dimanche 3 mai 2020, par Maestro

Barnett CHEVIN, dir.

France, 2019

Otherlands, 454 p.

Proposer en 2019 une anthologie sur le thème des nazis et de la Seconde Guerre mondiale, sous leur versant le plus occulte et ésotérique, est une entreprise risquée pour au moins deux raisons : le caractère en apparence éculé du thème, largement popularisé en son temps par Le Matin des magiciens, et, en découlant directement, la difficulté pour les auteurs de faire preuve d’originalité dans les histoires mises en scène.

« Dunkelheit », d’Emmanuel Delporte, qui ouvre le recueil, se place d’ailleurs explicitement sous le patronage de La Forteresse noire, et le récit, certes efficace dans son ambiance horrifique, ne parvient pas à surprendre en profondeur. « Wagon de l’enfer », de Françoise Grenier-Droesch, s’essaye à un propos plus onirique, mais les incohérences internes ou les erreurs historiques (le rationnement dès juin 1940) affectent la qualité du récit construit autour de victimes juives. De même, « Amnésie » de Lily Rose survole le thème du soldat augmenté, sorte de mort-vivant finalement pas si puissant qu’on aurait pu le croire.

« Homunculus », de Christophe Tréfeu, est le premier à sortir du lot. Servie par une prose élégante, la nouvelle met en scène le fameux golem, mais d’une manière assez rusée, pour un résultat sobre et efficace ; l’occasion de remettre en lumière les rares tentatives de révolte au cœur des camps d’extermination. « Démon d’acier » de Ruwen Aerts est seulement un cran en dessous, car si son intrigue portant sur un char allemand cousin de la Christine de Stephen King est d’une indéniable puissance, le lien avec Mengele au début et à la fin du récit est artificiel et trop prévisible.

Patrice Quélard, dans « Ultima Thulé », s’intéresse au cas Rudolph Hess, dont Christopher Priest s’était déjà emparé dans son roman La Séparation. Ici, on découvre une expédition polaire toute lovecraftienne auquel le dirigeant nazi aurait participé, ce qui permet d’expliquer son suicide en particulier. Un texte prenant et efficace. « Stalag 61 », d’Amria Jeanneret, fait comme Christophe Tréfeu le choix du fantastique, mais si l’idée de la créature mise en scène est bien trouvée, et si certaines scènes sont réellement marquantes, le récit à proprement parler est trop long, et ne débouche que sur un final bien terne et timide.

La longueur excessive est aussi ce qui dessert « La dame écarlate », de Vendarion D’Orépée, basé sur une autre expédition polaire, un peu plus tirée par les cheveux, dont le principal intérêt, outre l’entré dans un monde souterrain trop vite expédié, réside dans la morale finale, pleine d’ironie. « Die abwartSSpiräle » de Patrick Godard et son juif christique, que l’on pourrait voir comme une réplique du juif errant, s’avère lui aussi trop délayé et surtout joue excessivement sur les aspects gore et caricaturaux des nazis.

Plus original, Sylvain Lamur parvient, dans «  Un seul homme… », à mêler un sujet tragique et délicat par excellence, celui des camps nazis, à l’humour. Il faut dire que son histoire de voyage temporel, mis à profit par trois hommes généreux pour sauver des déportés, se retourne finalement contre leur volonté initiale. Une savoureuse histoire, illustration de l’implacable force de la marche de l’histoire. « Comme un hurlement silencieux », de Danny Mienski, ose quant à lui l’uchronie, mais une uchronie unique, dans laquelle les descendants des Atlantes vont réaliser un débarquement quasiment onirique. La force du texte réside dans ses images pleines de couleurs et de vie, ses personnages incarnés et ses scènes transparentes d’authenticité.

« Incursion », signé Billie Colin, incorpore un autre thème traditionnel de la science-fiction au cœur de la Seconde Guerre mondiale, celui de la visite extra-terrestre. L’occasion d’expliquer autrement certains événements, comme le bombardement de certains camps de concentration par les Alliés. Je me demande simplement s’il n’aurait pas mieux valu demeurer davantage dans l’implicite concernant la nature de ces visiteurs. « Übermensch Projekt  », de Simon Boutreux, enfin, clôt classiquement le recueil par la quête d’un historien marqué à vie par les souvenirs de son grand-père. Mais cette histoire est trop imprégnée de l’imagerie zombie pour réellement surprendre.

Au final, voici une anthologie relativement inégale de treize nouvelles, dont on extraira avant tout « Homunculus  », « Ultima Thulé », « Comme un hurlement silencieux  » et « Un seul homme… », voire « Dunkelheit », « Incursion » et « Démon d’acier » [1].


[1NDLR : ça fait quand même plus de la moitié...

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