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Les migrations du futurs

dimanche 19 juillet 2020, par Maestro

Patrice QUELARD (1972-)

France, 2019

Arkuiris, 248 p., 18 euros.

Les éditions Arkuiris sont, avec Rivière blanche, parmi les seuls espaces éditoriaux français à accueillir un grand nombre de jeunes auteurs (au sens le plus large du terme), à leur permettre de se frotter à un premier lectorat, à se confronter à d’autres confrères et consoeurs, à pouvoir progresser, en somme. Rien que pour cela, leurs anthologies méritent d’exister. Mais l’autre intérêt de leurs nombreuses publications, c’est de privilégier des sujets de société parfois brûlants. Après Les Océans du futur, les villes ou les OGM, voici donc les migrations, thème plus que jamais d’actualité. Si le fait de se déplacer est une donnée consubstantielle à l’existence de l’humanité, l’optique est ici centrée sur les déplacements actuels de réfugiés et sur les mouvements à venir liés aux possibles conséquences du bouleversement climatique. Le risque est d’ailleurs de demeurer trop près du réel.

«  La mutation, c’est la vie  » de Jacob Galissard masque ainsi sous une apparence extra-terrestre le trafic d’organes prospérant sur la misère de certains migrants, tandis qu’Adeline Tosselo décline de façon trop évidente l’exigence d’un mouvement comme Me Too (« Où les étoiles l’attendaient déjà »). Quant à « Sfumataï », de Johanna Marines, il est d’une noirceur déprimante. Avec davantage de succès, Emmanuel Delporte dans « Olympus Mons » dramatise le sort des migrants, ici de la Terre vers Mars, imaginant une épreuve mortelle qui leur serait proposée afin de gagner le droit de rester sur place ; variation convaincante du principe du « héros », qui n’est pas ici un étranger sauvant une vie française, mais un individu ayant la rage de vivre, ce qui ne l’empêche pas de sombrer dans une tragédie… De même, «  Elle vivra  » de Laurent Salipante transpire l’authenticité, une histoire dure, âpre, où les réfugiés sont écartelés entre le mépris politico-militaire, l’impuissance humanitaire et les mafias en tous genres. L’humanité parvient malgré tout à se glisser par certains interstices, tout comme dans « Les damnés de la terre », de Franck Dole, autant de portraits de vie très réalistes. Jean-Yves Carlen, avec « Le mur », réalise une inversion finalement assez convenue entre Europe et Afrique, avec un simili Hitler en prime.

La première grande réussite, on la doit à Léa Fizzala. Dans « Moken », elle se concentre sur le sort d’une peuplade nomade de l’Océan indien, confrontée à une mutation radicale de son mode de vie. Sur cette Terre en plein réchauffement climatique, les courants naturels ont été remplacés par des courants artificiels, que s’approprient des intérêts nationaux et privés. C’est finalement par l’incorporation de la technologie à des traditions millénaires que les Moken parviendront à redonner un sens à leur existence marine. Plein d’empathie, voilà un texte qui sort clairement du lot. Xavier-Marc Fleury, pour sa part, privilégie avec « Oublier les étoiles » une vision pessimiste, sa Terre noyée sombrant dans l’anti-intellectualisme primaire et le rejet d’une science ayant conduit au désastre. On retiendra de ce texte une belle utilisation de l’image des étoiles et une chute sombre à souhait. Pour Alain Rozenbaum, le transfert d’un nombre croissant de consciences vers un univers virtuel ne supprime pas la problématique des migrants et de la xénophobie, bien au contraire : « Point de non-retour », profondément science-fictif, offre un coup d’œil glaçant sur un futur hyper-technologique.

Audrey Pleynet nous plonge dans le space opera, et si son idée de migrations imposées à chacun tous les six mois afin de changer de planète-cadre de vie pour privilégier l’égalité est aussi intéressante que fragile sur le plan de la crédibilité, « Fille de l’espace » possède un incontestable souffle romantique. « Les chronotaphes » de Wilfried Renaut propose une migration d’individus futurs à la vie prolongée au cœur d’un trou noir, tandis que Romain Tribalat, à l’instar du Simak de Les enfants de nos enfants (1974), met en scène dans « Les futeurs » des migrations temporelles, réfugiés venus du futur afin de profiter d’une époque meilleure, comme notre bon vieux XXIe siècle ! La chute du texte est particulièrement frappante. Quinze nouvelles, dont la reprise de « Les portes de fer » (1975) d’Andrevon, et une incontestable diversité des approches, pour un résultat manquant juste de davantage de perles.

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