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L’affaire Ravaillac

dimanche 31 octobre 2021, par Maestro

DESSINS : Marco BIANCHINI (1958-)

SCENARIO : Fred DUVAL & Jean-Pierre PECAU

France, 2021

Delcourt, Série B, 58 p

Après la trilogie du Grand Secret, voici donc le retour à un album simple, et à un XVIIème siècle déjà abordé dans le diptyque Le dernier mousquetaire. Mais plutôt qu’à Louis XIV et son frère, L’affaire Ravaillac s’intéresse à leur grand-père, Henri IV. L’assassinat fomenté par ce dernier est ici déjoué, grâce à l’intelligence d’un ancien mercenaire devenu fidèle serviteur du roi, Rapine. L’intrigue s’articule alors autour de l’enquête menée afin de comprendre qui a pu armer la main de l’assassin.

Ce 45ème tome s’avère particulièrement bien garni en scènes d’action, combats à l’épée qui permettent au dessinateur Marco Bianchini de se lâcher sur les flots de sang ; tous les amateurs de romans et de films de cape et d’épée seront à la fête. Un flash-back permet en outre de plonger au cœur du massacre de la Saint Barthélémy, non par simple voyeurisme, mais pour comprendre d’où vient Rapine. Autre point fort de l’histoire, le personnage de l’abbé : loin d’un chrétien dévot, il s’agit d’un vrai combattant, roué et libre de corps comme d’esprit, prêt à tout pour satisfaire son souverain ; les mouches dont il dispose parmi les enfants évoquent quant à elles les irréguliers de Sherlock Holmes. Alors qu’Henri IV part en guerre contre le Habsbourg afin de libérer de sa tutelle les Pays Bas espagnols, les soupçons quant à la tentative d’assassinat se portent volontiers sur la couronne espagnole.

D’autres indiscrétions orientent les enquêteurs vers Marie de Médicis, tandis que le spectre de la guerre civile n’a pas totalement disparu. Cette scène géopolitique n’est toutefois qu’un faux semblant. Certes, elle permet de comprendre le contexte de ce début de XVIIe siècle, qui succède à près d’un demi-siècle d’affrontements franco-français entre catholiques et réformés, avec la problématique toujours très actuelle de l’amnistie et de l’oubli versus le devoir de mémoire. Mais ce sur quoi les deux scénaristes ont avant tout souhaité s’appesantir, ce sont les histoires de fesse d’Henri IV. On connaît bien sûr la réputation en la matière du Bourbon. Ironiquement, le commanditaire de Ravaillac est donc un de ces cocus magnifiques, de ces maris trompés, faisant dès lors passer de la grande histoire à la petite.

Le faible nombre de clins d’œil ou de personnages connus utilisés à contre-emploi s’ajoute à cette dominante pour faire de L’affaire Ravaillac un album somme toute mineur (la couverture est d’ailleurs en contradiction avec le déroulement initial de l’intrigue). On appréciera néanmoins le dénouement, la victoire d’Henri IV ouvrant sur un siècle dont on peut penser (ou espérer, tant les phénomènes de causalité sont complexes) qu’il échappera aux ravages de la Guerre de Trente Ans.

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