Accueil > TGBSF > O- > Ombromanies

Ombromanies

dimanche 19 juin 2022, par Maestro

Jean-Pierre HUBERT (1941-2006)

France, 1985

Denoël, coll. "Présence du futur", 192 p.

Ombromanies, tout comme Le Champ du rêveur, est avant tout une plongée au plus profond de la psyché humaine, à travers une prose faussement simple et réellement exigeante. Dans une Académie aussi stricte qu’elle est opaque dans sa finalité profonde, une Famille, c’est-à-dire un groupe de pensionnaires du rang le plus bas (les cadets), attachés les uns aux autres par des liens très étroits, se retrouve mise en accusation par l’encadrement suite à la volonté de transgression d’un des leurs, Hejne. La sanction est sans appel : tous devront se lancer à la découverte de la Mère, cette brume épaisse qui entoure l’Académie et semble constituer la réalité même du monde.

La Famille se retrouve très vite éclatée, et c’est la quête de Hejne que l’on suit, découvrant à travers « la soupe » des ilots de stabilité apparente, souterrains, voie ferrée, jusqu’au Bazar, ville de métal tout entière tournée vers la récupération de ce que peut engendrer la Mère. En suivant sa Ligne, Hejne doit éviter de succomber à la pesanteur engendrée par cet univers fantastique, d’où surgissent monstres et créatures difformes, et où le matériel semble directement issu des visions de l’inconscient. Par-là, Hejne lutte contre « (…) un discours qui prônait le renoncement » (p. 71), tentant de trouver son chemin dans cette métaphore de l’imaginaire humain (« Beaucoup de choses deviennent possibles dans la Mère mais, derrière tout cela, il y a toujours l’imagination des hommes », p. 76).

Ayant traversé des visions plus fantastiques les unes que les autres -hommes ouvriers extrayant les créations de la mère, navire glissant à la surface de la Soupe, entouré d’humanoïdes dauphins-, moins dérangeantes que celles d’un Brussolo mais tout aussi singulières, Hejne finit par sortir de cette matrice artificielle, pour enfin découvrir la réalité : l’humanité semble s’être considérablement réduite, suicidée par ses ravages environnementaux et industriels, et c’est la Mère, si bien nommée, qui fait office de filtre initiatique visant à sélectionner les meilleurs représentants d’une nouvelle humanité. On découvre également que Hejne était finalement bien en compagnie des autres membres de sa Famille tout au long de son parcours, et les rivages sur lesquels ils aboutissent à l’issue de leur odyssée ont pour nom liberté. Ce parcours chaotique, cette évolution heurtée, s’opposent ici à un progrès linéaire définitivement déconsidéré, et la Matrice maternelle est également source d’inattendu, d’émotions fortes et de risques, dans une société qui ne vise que sa propre reproduction.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?