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Terminus

dimanche 22 septembre 2019, par von Bek

Tom SWETERLITSCH

Etats-Unis, 2018, The Gone World

Albin Michel, coll. Albin Michel Imaginaire, 448 p.

Le Terminus, c’est la fin de l’humanité sur Terre. Une fin de plus en plus imminente comme l’a découvert le NSC [1] qui a développé dans le plus grand secret le voyage en Espace et en Temps profonds soit la capacité d’emprunter les particularités de la physique quantique pour explorer le fin fond de l’univers ou... les futurs. Rencontré une première fois au XXVIe siècle, le Terminus semble se rapprocher de plus en plus, mais il présente toujours la même forme et le visiter n’est pas sans danger comme l’apprend à ses dépends l’agent du NCIS [2] Shannon Moss qui y perd une jambe, agressée par les NET [3] et exposée au froid glacial qui caractérise le Terminus. Devenue agent spécial chargée des enquêtes touchant le NSC, Shannon est réveillée au milieu d’une nuit de 1997 pour se rendre sur le lieu d’un crime particulièrement horrible dans une maison se révélant être celle de feu son amie d’enfance et sans doute commis par un homme qui ne devrait pas être là puisqu’ayant disparu avec un vaisseau spatial au cours d’un voyage d’exploration en Espace profond. Un sérieux problème de sécurité menace donc le NSC. Pour mener son enquête, l’agente spéciale se conforme à la procédure en cours dans ce genre de cas : elle se rend dans un futur proche de presque une vingtaine d’années pour consulter les éventuelles révélations survenues dans l’affaire entre-temps. Seulement en 2015, l’affaire n’est pas éclaircie, mais montre d’inquiétants développements.

Il faut immanquablement saluer la double maîtrise narrative de l’auteur. D’une part il réussit parfaitement à nouer les nœuds qui font le sel de toute histoire de voyage dans le temps ; d’autre part il parvient à gérer les imbroglios qui font le charme des thrillers. Tom Sweterlitsch mène de front les deux genre et, dans l’un comme dans l’autre, Terminus est une indéniable réussite qui rivera le lecteur au récit !

Cependant, l’amateur de voyage dans le temps se trouvera bien de ne pas avoir l’estomac trop délicat. Les scènes, et surtout celles de crimes, sont souvent très organiques. Les meurtres sont perpétrés à la hache et les NET dépècent intégralement les corps. L’auteur aime à évoquer la peau de ces personnages, les sensations physiques, olfactives notamment. Combien de fois n’évoque-t-il pas l’odeur légèrement rance de la prothèse de Shannon ? On peinerait à compter les nombreuses, et répétitives, références au grain de peau de Hector. Je ne parle pas des viscères échappés de leur habitacles naturels ou des membres dans un angle naturellement improbable. Il y a une large dose de gore dans Terminus.

Le lecture de thriller, lui, se trouvera bien de ne pas être extrêmement pointilleux quant à la logique du récit. Outre que la physique quantique s’affranchit d’une rationalité très cartésienne pour ne pas dire newtonienne, il y demeure quand même une inconnue quant à la manière dont le NSC a acquis la maîtrise des voyages en Espace et Temps profonds, une inconnue d’autant plus gênante qu’au début du roman, il est dit que cette technologie vient du futur... L’auteur a fait le choix de considérer que chacun des futurs dans lequel se projette Shannon n’existe que le temps de son voyage, la seule réalité - la terre ferme - étant celle de son point de départ. Nécessairement l’esprit tant quantique que cartésien se demandera pourquoi ces TFI ne seraient-ils pas aussi réels formant de nouveaux embranchements et pourquoi ne constitueraient-ils pas autant de terres fermes puisque des vaisseaux peuvent en partir vers le futur... Je vous laisse y réfléchir.

Par ailleurs, peut-être le complotiste ou le simple amateur d’histoire secrète appréciera la capacité de l’Etat, et plus précisément de la Navy, à dissimuler des infrastructures aussi importantes que celles nécessaires aux opérations, et surtout à dissimuler les dépenses nécessaires à la constitution d’une véritable flotte et d’une base secrète sur la face cachée de la Lune, qui aura au moins le mérite de faire frisonner le paranoïaque. Sur cet aspect, j’ai grincé des dents pour ma part.

Reste que j’ai beau râler, j’ai dévoré ce livre...


[1National Space Command

[2Non sans rire, vous ne savez pas ce qu’est le NCIS ?

[3Nanoparticules à effet tunnel. Reconnaissons à l’auteur un certain sens de la formule et au traducteur, qui n’est autre que Michel Pagel, un certain talent, car les nanoparticules et l’effet tunnel existent bel et bien et le second est bien un des effets quantiques des particules qui pénètrent ainsi au travers de la matière notamment organique. D’où la dangerosité de certaines nanoparticules toxiques utilisées en chimie.

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