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Le tarnier de Gor

dimanche 18 décembre 2022, par Maestro

John NORMAN (1931-)

Etats-Unis, 1966

Opta, 1975 pour la première édition / J’Ai Lu, collection Pulps, 2006 pour la dernière édition, traduction d’Arlette Rosenblum.

Dans l’histoire de la fantasy, et plus particulièrement de ce sous-genre qu’est la sword and sorcery, les années 1960, on le sait, furent un tournant majeur. La popularisation des récits de Conan, caviardés par Sprague de Camp et Lin Carter, entraina une ribambelle d’imitateurs sinon de successeurs, parmi lesquels le Thongor de Carter, justement, est un des plus beaux (?) exemples. Mais celui qui remporte assurément la palme de la série la plus prolifique est John Norman. De 1966 à 2022 (avec une interruption pour défaut d’éditeur entre 1988 et 2001), ce sont pas moins de trente-sept romans qui ont été publiés, dont seuls les quinze premiers ont été traduits en français.

Le Tarnier de Gor, texte inaugural du cycle, se présente comme le récit narré par Tarl Cabot, le héros, dans lequel il explique que, de simple universitaire bien peu légitime, il est devenu un guerrier d’exception. C’est à l’occasion d’une randonnée en montagne qu’il découvre une lettre métallique, datée du XVIIe siècle, et signée d’un père qu’il n’a jamais connu. Un vaisseau automatisé vient ensuite le capturer afin de l’emmener sur Gor. Une planète légèrement plus petite que la Terre, possédant une gravité moindre, et située à son opposé parfait – une anti-Terre, donc. Gor semble d’ailleurs avoir été peuplée d’humains tous originaires de la Terre, mais capturés à différentes époques. Tarl Cabot va y être initié aux mœurs de la société locale, divisée en castes, pratiquant l’esclavage, et soumise à la volonté supérieure des invisibles Prêtres-Rois ; ce sont eux par exemple qui veillent à ce que la société goréenne ne franchisse pas un seuil technologique donné, la maintenant à un stade médiéval. Son intronisation en tant qu’héritier de l’administrateur de la cité de Ko-Ro-Ba suscite sans surprise des jalousies, allant jusqu’à des tentatives d’assassinat. Mais ce qui fait basculer son destin, c’est la mission à lui confiée : s’emparer de la pierre de foyer de la métropole d’Ar, en passe d’imposer son autorité sur un empire goréen en gestation. Les péripéties vont se multiplier, culminant dans les relations houleuses avec Talena, la fille du souverain d’Ar, dont Cabot est tombé amoureux.

Il y a forcément du John Carter chez Tarl Cabot (le passage de la Terre à Gor, son retour également, la figure de la femme aimée), mais inversement, le récit de John Norman a probablement influencé d’autres créateurs : comment ne pas faire le lien, par exemple, entre le début des aventures du Mercenaire de Segrelles et la monture ailée de Tarl Cabot ? On retrouve en tout cas des tropes caractéristiques de la fantasy (ici sous son angle space), le parcours initiatique du héros, la nécessité d’être plus fort que la nature, et l’authenticité d’une vie aux valeurs plus directes, loin de la sophistication et de l’amollissement de l’occident terrestre. John Norman fait toutefois œuvre plus personnelle lorsqu’il développe particulièrement les questions de langage, s’attachant à l’étymologie de certains termes utilisés sur son monde, ou sur quelques traditions culturelles, ainsi de la pierre de foyer, centrale dans l’identité des Goréens. Autre surprise, son utilisation des araignées géantes, prises ici sous un angle positif. Mais ce pour quoi est surtout connu le cycle de Gor est son aura dans les cercles sado-masochistes. Dans Le Tarnier de Gor, Tarl Cabot est en effet entouré de femmes esclaves : soit qu’elle se trouve libérée par lui, laissant à l’homme le pouvoir sur son corps (sans toutefois que Cabot n’en abuse, soulignons-le) ; soit qu’elle devienne son esclave car sauvée par ses soins. Dans ce dernier cas, Talena, dans une scène toutefois interrompue, en vient à souhaiter être marquée au fer rouge pour appartenir à Cabot, et n’est pas loin non plus de désirer le fouet.

Toutefois, ces passages demeurent minoritaires, et surtout, à chaque fois, Tal Cabot est soucieux de privilégier le libre-arbitre de ces femmes. Plus intéressant, la critique de la caste sacerdotale et, plus largement, des divinités du monde de Gor, que Tal Cabot souhaite renverser, dans une tradition anticléricale qui pourrait le rapprocher du britannique Moorcock. Bien que limitée, cette originalité, ajoutée à l’efficacité de l’intrigue, rend la lecture du Tarnier de Gor plutôt plaisante.

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