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Regarde, fiston, s’il n’y a pas un extra-terrestre derrière la bouteille de vin

dimanche 6 novembre 2016, par Maestro

Philippe CURVAL (1929-)

France, 1980

Denoël, collection Présence du Futur, 224 p.

Ce recueil au titre aussi long que singulier est le premier d’une longue série publié par l’auteur chez Présence du Futur. Si, comme son titre l’indique, il se veut tentative de réhabilitation d’extra-terrestres trop malmenés ou méprises, le sujet est en réalité bien plus large, puisqu’il concerne également les modifications de l’humain, touchant en fait à l’altérité dans son ensemble.

Les extra-terrestres de « J’aime le béton frais » sont même carrément invisibles, dans une nouvelle très imprégnée de l’esprit des années 68. Son protagoniste, initialement en rupture de ban avec la vie urbaine et les entités ayant pris son contrôle, finit par succomber à l’appel du confort et de la vie moderne. Mais l’appartement dernier cri dans lequel il emménage se transforme en une véritable salle de torture, destinée à obtenir de lui son opinion ultime sur le sens de la vie. Invisibles également, les gardiens de zoo de « Ménage à six », qui ont abrité les derniers humains dans une ville autosuffisante, où les seules activités tiennent à la satisfaction des besoins primaires, en particulier le sexe, mais dans un objectif purement utilitaire, celui de favoriser un nouvel essor démographique de l’espèce. Comme dans nombre de dystopies, c’est par la découverte d’un livre que l’illumination se produira. De même, « Bruit de fond » prend place dans l’univers du Marcom, un Marcom agressé en ses périphéries par des forces venant des autres continents (les payvoides), et qui utilise des humains transformés en machines invisibles afin d’espionner ses ennemis. S’y déploie une dichotomie assez nette, entre un cadre de vie déshumanisé (l’idéal étant que la machine humaine agisse sans esprit critique) et technologique, et un anti-modèle, celui d’une vie méditerranéenne faite de métissages, d’autogestion et de promesse d’unité collective. On doit mettre à part « A nous la félicité éternelle », car cette histoire d’une expédition scientifique en plein cœur du paradis est un détournement cocasse et volontiers moqueur des religions monothéistes, catholicisme et islam se tirant ici la bourre pour défendre leur vision de l’au-delà…

« Aimable jeu pour personnes bien faites » nous permet de voir que même chez des extra-terrestres végétaux, la propagande télévisuelle et l’utilisation de la guerre comme mode de contrôle des populations dominent. Deux nouvelles sont complémentaires, en cela qu’elles sont centrées sur les enquêtes menées par Volt Dalart, journaliste doté d’une grande empathie à l’égard des formes de vie autres. Dans «  Pas de bic et pas de bonbons  », il est envoyé sur une planète où se succèdent paysages et rites plus étranges les uns que les autres, où les autochtones masquent leur véritable apparence derrière de multiples déguisements. Il finit par comprendre comment communiquer avec eux, mais préfère garder secret sa découverte, afin d’éviter une déferlante touristique sur leur planète et l’uniformisation subséquente de leurs expressions artistiques. Avec «  Le tyran suspendu  », c’est au sort plus tragique des Görs que Volt Dalart est confronté. Un texte touchant, qui ose l’homosexualité inter-espèces, aborde les dégâts collatéraux des cadeaux offerts par l’humanité à ses partenaires en fédération galactique -ici un air censément purifié, et pourtant porteur de virus mortels pour les Görs-, et conclut sur l’inévitable uniformité culturelle qu’engendre ce contact entre civilisations inégalement développées, y compris un langage universel qui corsète et rend conformiste jusqu’à la multiplicité des pensées.

Quant au texte éponyme, si des extra-terrestres y sont bien présents, ils sont traités sous l’angle humoristique et surréaliste cher à Philippe Curval, puisque le principal protagoniste ne parvient à les voir et à entrer en contact avec eux qu’une fois lesté d’une bonne dose éthylique. La nouvelle parvient néanmoins à restituer de façon très charnelle l’atmosphère de la Guyane française, abordant -bien que trop superficiellement- à la fois les relations père-fils construites sans la présence d’une femme-mère, et la relation métropole-colonie, en émettant en particulier l’hypothèse volontiers provocatrice d’un sous-développement entretenu par Paris afin de faire avorter toute volonté conséquente et réaliste d’indépendance. C’est cette même Guyane que l’on retrouvera dans Akiloé, écrit quelques années plus tard…

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