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Morwenna

dimanche 13 novembre 2016, par Maestro

Jo WALTON (1964-)

Royaume-Uni, 2010

Jo Walton s’est, en quelques années, fait un nom solide dans le public français adepte de la SF. Sa trilogie du Subtil changement, belle démonstration uchronique, en fait foi. Mais auparavant, il y eut Morwenna, roman qui l’a révélé de ce côté de la Manche. Et pourtant, de prime abord, voilà un livre qui pourrait décevoir : conçu comme le journal intime d’une adolescente de la fin des années 1970 au Royaume-Uni, Morwenna est dépourvu d’action grandiose ou d’enjeux cosmiques ; à la place, on a la vie quotidienne d’une jeune fille en pleine transformation, ses relations familiales et sa passion pour la lecture, non sans une certaine forme de répétitions.

Et pourtant, cela marche ! Il faut dire que le sort qui frappe Morwenna a tout pour émouvoir le lecteur. A quatorze ans, elle perd sa jumelle dans un accident de voiture, leur mère étant pour sa part visiblement folle. C’est pour cela que la garde de sa fille survivante lui est retirée, au profit d’un père que Morwenna n’a jamais connu. Celui-ci, prénommé Daniel, est dépendant de ses trois sœurs, avec qui il forme une bien étrange cellule familiale. Il y a également la tante Teg et le grand-père maternel de Morwenna, qui l’ont tous les deux élevée, ainsi que Sam, le père de Daniel, juif rescapé du judéocide. Sans oublier les connaissances que Morwenna s’est faite à la pension où elle a été placée par ses trois tantes paternelles. Le traumatisme vécu par Morwenna, marquée dans sa chair (sa jambe a été blessée, et elle doit utiliser une canne pour se déplacer) n’est évoqué que de façon lointaine, et ce qui permet à l’adolescente de tenir, c’est, outre l’écriture, son ouverture à la magie et son amour pour la science-fiction. Elle est en effet capable de voir et de discuter avec des fées, d’apercevoir même le fantôme de sa sœur décédée, et interprète certains épisodes de son existence à l’aune de la magie, une façon de donner du sens à des événements sinon trop durs à supporter. Et puis, il y a cette addiction à la lecture, particulièrement aux littératures de l’imaginaire, dans laquelle bien des lecteurs de Jo Walton ont pu se reconnaître (moi le premier, je l’avoue bien volontiers !).

Parmi les auteurs que Morwenna affectionne tout particulièrement, Le Guin, Tolkien, Silverberg, Zelazny, Heinlein, passion qu’elle apprend à partager avec la bibliothécaire de son école, mais également avec un cercle d’amateurs comme elle, qui se réunit à la bibliothèque de la ville voisine. C’est parmi eux qu’elle fait la connaissance du beau Wim, dont elle semble bien tomber amoureuse… Morwenna, malgré quelques longueurs, est un hymne à la lecture, les livres ne jouant pas ici le rôle de refuge hors du monde, mais celui de moyen pour s’y mouvoir, y (re)trouver une place.

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