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Ring of Fire (I)

dimanche 5 mars 2017, par von Bek

Eric FLINT (1947-), dir.

Etats-Unis, 2004

Suivant les recommandations de lecture d’Eric Flint, j’ai opté pour celle de Ring of Fire plutôt que pour celle de 1633, pourtant paru deux ans plus tôt, avec d’autant moins d’hésitation que le premier est un recueil de nouvelles tandis que l’auteur conseille la lecture successive du second et de 1634 : the Baltic War. Je ne le regrette pas car si j’avais bien apprécié 1632, j’ai adoré Ring of Fire.

Formé de quinze nouvelles de longueurs inégales et écrites par seize auteurs différents, pour certains débutants, dont les seuls connus en France sont sans doute Mercedes Lackey, David Weber et Eric Flint lui-même, Ring of Fire éclaire sous d’autres potentialités le ressort de 1632. Ce premier roman avait mis l’accent sur les aspects géopolitiques de l’apparition d’une petite ville américain du XXe siècle dans l’Allemagne de la Guerre de Trente Ans sans trop insister sur les détails des aspects logistiques ou les conséquences religieuses autres que pour le réseau des familles juives. Ring of Fire comble cette lacune tout en restant dans la même veine.

Avec « Between the Armies », Andrew Dennis pose non sans humour la question de la soumission du clergé catholique de la ville, c’est-à-dire du père Mazzare et de sa paroisse Saint-Vincent-de-Paul, à l’obédience pontificale, le catholicisme ayant bien évolué entre le XVIIe siècle et le XXe siècle. « The Three R’s » de Jody Dorsett s’intéresse au changement dans l’équilibre religieux et dans l’approche de la religion que constitue l’intrusion de Grantville et de sa tolérance à cette époque en se penchant sur les Frères moraves, une secte protestante, revendiquant la tolérance et ayant subi les persécutions, et dont un émissaire vient demander l’aide des jeunes et nouveaux Etats-Unis. « A Witch to Live » de Walt Boyes met en scène le cas d’une sorcière qui échoue devant le tribunal grantvillois pour sa plus grande chance et celle de son défenseur.

Dans « In the Navy », paradoxalement la nouvelle la moins palpitante par l’auteur le plus connu, David Weber, a cependant le mérite de pallier un des défauts de 1632 en examinant beaucoup plus concrètement la mise en place de projets d’avant-garde tels que la construction de cuirassés fluviaux à coque en fer. Néanmoins, il y a fort à parier que cette nouvelle ait un rapport étroit avec 1633 puisque ce dernier roman a été écrit en commun par David Weber et Eric Flint. « A lineman for the Country » de Dave Freer est une autre forme d’adaptation de la technologie du XXe siècle à sa nouvelle époque, un trio tentant de se lancer dans la mise en place d’un réseau de communication plus moderne. L’avantage chronologique n’est donc pas seulement affaire militaire, elle est aussi affaire d’argent. Virginia DeMarce imagine dans « Bitting Time » que quelques habitantes de Grantville ont rapidement compris l’opportunité qui s’offrait en vendant les droits d’édition de romans à l’eau de rose écrits par d’autres au XXe siècle, tandis que « To Dye for » de Mecedes Lackey valorise les connaissances chimiques pour l’activité teinturière. Si la nouvelle « A Matter of Consultation » de S. L. Viehl traite aussi de sorcellerie, comme « A Witch to Live », elle évoque surtout les différences médicales en imaginant une infirmière américaine et une soit-disant sorcière confrontées à l’obligation commune de guérir un patient sous l’œil sceptique de William Harvey en personne.

La présence de ce dernier est d’ailleurs caractéristique de l’une des grandes forces des récitsde Ring of Fire : avoir su élégamment intégrer des personnages historiques et pas seulement des militaires comme Wallenstein et Pappenheim dans « Here comes Santa Claus » et « The Wallenstein Gambit ». Outre Harvey, l’inventeur de la circulation sanguine, le lecteur croise donc des personnages très célèbres en les personnes du cardinal Mazarin et de l’évêque Commenius. D’autres protagonistes le sont moins et il faut avoir fait quelques efforts de documentation comme S. L. Viehl pour connaître le père Friedrich von Spee, S.J., même si celui-ci a une page wikipedia relativement fournie aujourd’hui [1]. Je n’ai d’ailleurs pu que m’incliner devant le soin du détail, car les auteurs ont su faire de beaux enfants à la vérité historique selon le mot d’Alexandre Dumas, - William Harvey a-t-il voyagé dans l’Empire en 1631-1633 ? -, mais ils se sont aussi bien documentés. Si on ne pouvait en attendre moins de Virginia DeMarce, une historienne moderniste, les autres livrent nombre d’informations, notamment sur le judaïsme dans l’Europe moderne avec Eric Flint dans « The Wallenstein Gambit », qui dénotent une réelle réflexion sur l’époque, même marquée par un prosaïsme bien contemporain.

Un autre point fort réside dans le fait que les Américains ne sont pas le centre de toutes les nouvelles. Jan Billek, un Frère, Friedrich von Spee, un jésuite donc, mais aussi la grand-mère de Gretchen, l’héroïne de 1632 dans « Bitting Time », un jésuite en proie au doute dans « Family Faith » d’Anette M. Pedersen, ou un mercenaire repenti dans « Skeletons » de Greg Donahue sont les véritables héros de leurs nouvelles. Les auteurs ont bien intégré le questionnement que peut entraîner les changements de mentalités inuits par l’arrivée des Américains. Eric Flint imagine quelques conversations très pertinentes entre deux rabbins du ghetto de Prague pour ne citer que cet exemple. Peu d’uchroniste ont pensé au trouble que susciterait chez quelqu’un la connaissance de son propre avenir via la consultation d’un dictionnaire [2].

Cela ne signifie pas que Ring of Fire soit un livre d’histoire ni même un livre « intello ». Les nouvelles flirtent volontiers avec l’humour (« Bitting Time »est assez mordante et « Here comes Santa Claus » ne manque pas de croustillant), ou avec la nostalgie dans deux histoires de Noël (« When the Chips are Down » de Jonathan Cresswell et Scott Washburnet et « Here comes Santa Claus ») et « Power to the People » de Loren K. Jones, avec la romance dans « To Dye for ».

Enfin, il faut aborder le travail de coordination, manifestation de l’ampleur que commençait à prendre le projet en gestation à la suite de 1632. Les nouvelles s’insèrent à différents moments des événements de 1632. Par exemple, « Power to the People », dont on appréciera l’humour du titre, voit la réaction de deux employés de la centrale électrique au moment du ring of fire. « Between the Armies » et « American Past Time » de Deann Allen et Mike Turner ont en partie lieu pendant le raid des Croates sur Grantville dans 1632. S’il y a bien un kwak [3] entre les deux récits de Noël et si toutes les nouvelles ne sont pas reliées entre elles, « The Wallenstein Gambit » est en relation directe avec « Here comes Santa Claus », et constitue un prolongement de « A lineman for the Country » comme de « The Three R’s ». Au plaisir de lecture, s’ajoute donc le sentiment d’assister à la concrétisation de quelque chose de plus grand.

Prochaine étape, The Grantville Gazette ou 1633 ?


[1Ce qui ne devait pas être le cas en 2004.

[2Bien que j’ai le souvenir d’une scène mémorable de François Ier dans laquelle Fernandel lit à La Palice sa propre biographie.

[3élément subatomique à l’existence improuvée autrement que par les discordances entre deux événements.

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