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Une seconde après

Garanti sans radiation !

samedi 18 août 2012, par von Bek

William R. FORSTCHEN (1950-)

Etats-Unis, 2009, One Seconde After

Que la bombe nucléaire entraîne la fin d’un monde, si ce n’est du monde, est une idée récurrente de la SF (et pas que de la SF) depuis la conclusion du projet Manhattan, mais il est question la plupart du temps des radiations. Or, l’on sait que l’explosion d’une bombe nucléaire génère aussi des ondes électro-magnétiques, qui, dans certaines circonstances, peuvent être très importantes et griller tous les circuits électroniques à portée. Un James Bond (Goldeneye, Martin Campbell, 1995) a déjà popularisé cet effet. Dans Une seconde après, William Forstchen envisage quelles seraient les conséquences sur la société d’une explosion nucléaire suffisamment bien placée et puissante pour griller toute l’électronique des Etats-Unis et ainsi priver d’électricité la première puissance mondiale.

Cependant l’auteur de la série du Régiment perdu a délibérément choisi de décrire la situation par le petit bout de la lorgnette, en l’occurrence un professeur d’histoire, colonel à la retraite, installé dans la ville natale de sa défunte femme, dans les contre-forts montagneux de Caroline du Nord, avec ses deux filles et sa belle-mère. Les deux premières l’inquiètent comme tout père qui voit grandir ses petites filles, mais aussi comme un père dont l’enfant est atteinte d’un diabète de type I. Le premier de ces soucis va passer au second plan. Brutalement, par un beau jour de printemps, tous les appareils électriques tombent en panne. Les voitures s’arrêtent, à de rares exceptions près. Il ne faut guère de temps au colonel en retraite pour deviner la nature du problème.

Il ne lui en faut pas plus pour saisir aussi toute les ramifications : plus d’électricité et d’électronique signifie plus de réfrigération, de climatisation, de communication, de tous les petits appareils du quotidien depuis la machine à café jusqu’aux appareils de soin divers et variés (testeur de diabète, dispensateur d’oxygène, de perfusion, etc...). La panne a coincé à Black Mountains toute une population, mais d’autres réfugiés commencent bientôt à arriver, chassé des villes où la situation est intenable vers des montagneux souvent perçues comme plus riches en nourriture. Alors que le colonel professeur intègre le comité de salut public (ça, c’est de moi) qui instaure la loi martiale devant les problèmes qui s’accumulent, des solutions extrêmes doivent être prises depuis la régulation des flux de réfugiés, amenés un par un à traverser le territoire municipale, jusqu’au exécutions capitales. et les morts se multiplient conséquence de l’interruption de certains traitements, la raréfaction des médicaments puis celle de la nourriture. L’hygiène se dégradant, les maladies se multiplient aussi. A l’extérieur, l’anarchie s’installe et menace la communauté barricadée dans sa montagne. Bref, c’est l’hécatombe.

Il ne faut pas imaginer que William Forstchen a cherché à écrire un roman sur la survie [1]. Pas du tout. L’objectif est clairement de souligner l’impréparation d’un pays face à un danger et de faire sentir le poids du confort moderne et du progrès qui ont permis la vie en commun de fortes densités de population et la hausse de l’espérance de vie. L’électronique mise à bas, Forstchen élimine froidement 80% de la population de cette ville mais 90% des Américains, à cette seule fin. La postface, rédigée par un officier, évoquant l’impréparation face à ce type d’attaque, est très claire. Reste à savoir si le but du roman est de sensibiliser sur le problème ou s’il est de mettre en place une politique étrangère visant à empêcher que cela arrive. Dans la mesure où Une seconde après ne s’intéresse guère aux auteurs de cette attaque, il faut plutôt incliner vers la première hypothèse. L’absence de la préface, incluse dans l’édition originale et rédigée par Newt Gringrich, ancien président de la Chambre des représentants et malheureux prétendant à l’investiture républicaine cette année, peut amener à se poser des questions néanmoins.

Toutefois, on ne peut nier qu’il remplit parfaitement son rôle. En jouant à merveille, et avec horreur, sur toute la palette des sentiments humains, depuis la pitié jusqu’à la cruauté en passant par la paternité, le désir, la froide détermination et l’instinct de survie, William Forstchen réussit un bon roman post-apocalyptique, très réaliste. Alors, un grand merci à Daidin pour avoir recommandé ce livre !


[1En revanche on peut s’inquiéter de ce que le personnage principal soit encore un professeur d’histoire, comme le colonel Keane du Régiment perdu et surtout comme l’auteur...

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