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L’Origine des victoires

samedi 26 décembre 2015, par Maestro

Ugo BELLAGAMBA (1972-)

France, 2013

ActuSF, coll. "Hélios", 232 p.

Publié initialement en 2013, chez l’éditeur Mémoires millénaires, ce roman d’Ugo Bellagamba a été repris et augmenté pour ActuSF, en format poche. Disons-le tout de go, L’Origine des Victoires est une œuvre secondaire, qui entretient une certaine proximité avec La Huitième colline de Rome, précédemment publié également chez Mémoires millénaires : il s’agit, par le biais de la fiction, de se plonger dans l’histoire d’une ville ou d’une région. Là où La Huitième colline de Rome s’intéressait à la Nice antique, L’Origine des Victoires brosse un panorama plus large, remontant jusqu’à la préhistoire.

Un des grands intérêts du livre, c’est le choix de sa narration à rebours. Débutant de nos jours, par les souvenirs d’une pensionnaire de maison de retraite, les chapitres voient apparaître des jeunes femmes de générations différentes, toutes unies par leur nature de Victoire. L’intrigue s’articule en effet autour d’une lutte qui n’est pas sans évoquer celle de Griots célestes de Pierre Bordage, opposant l’Orvet, force d’outre-espace promotrice du chaos au sein de l’humanité, et les Victoires, des femmes fortes, s’efforçant d’amener davantage d’ordre et de raison. Il y a ici mélange d’influences, celle de Michael Moorcock dans sa dynamique du multivers, celle de Nathalie Henneberg également, dans cette idée d’un mal amené de l’extérieur au sein de l’espèce humaine [1]. Tout cela nous permet de découvrir certains épisodes historiques (l’incendie de l’opéra de Nice en 1881, même s’il est difficile d’imaginer que la responsabilité de Gustave Eiffel ait pu ne pas être dénoncée par tel ou tel témoin), de croiser des personnages d’importance (Thomas d’Aquin, même si là aussi la chute le concernant semble bien peu crédible, ou Octave Auguste), et de bénéficier de réflexions sur le droit qui se ressentent de la formation professionnelle de l’auteur (Ugo Bellagamba est historien du droit, et sa dénonciation de la complexité des normes européennes, et de l’individualisme de la responsabilité comme chevaux de Troie d’une forme d’auto-médication source de profits privés est particulièrement intéressante).

Arrivé au deux tiers de l’histoire, la narration revient vers le présent, bondissant même dans un futur proche, sécuritaire, puis lointain, avant de terminer sur le flash-back le plus éloigné dans le passé. L’ultime combat entre une Victoire d’un nouveau genre et l’Orvet, qui ressemble fort à une forme d’autodestruction (l’utilisation d’humains comme appâts et sujets d’expériences, ou l’utilisation de la même cruauté que l’ennemi pour réussir à le battre), précède ainsi l’arrivée sur Terre du dit Orvet.


[1Voir la contribution de Samuel Minne dans Natacha Vas-Deyres / Patrick Bergeron / Patrick Guay / Florence Plet-Nicolas / Danièle André (sdd), Les Dieux cachés de la science-fiction française et francophone (1950-2010), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, Eidôlon n°111, 2014, chroniqué sur le blog de Dissidences : http://dissidences.hypotheses.org/6354.

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