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Les Ombres de Constantinople

dimanche 28 mai 2017, par Maestro

DESSIN : Igor KORDEY (1957-) & YANA

SCENARIO : Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU & Fred BLANCHARD

Couleurs : YANA

Delcourt, Série B, 66 pages.

Nous avions laissé la série Jour J en pleine expectative, La Ballade des pendus appelant une suite, Le Dieu vert, repoussée pour le moment au tome 30. En lieu et place, Les Ombres de Constantinople prend également place dans les derniers temps du Moyen Âge, et ouvre un autre diptyque, au minimum. Colomb Pacha, le treizième épisode de la série uchronique, avait déjà mis au cœur de son intrigue les puissances musulmanes du temps, et cette fois, ce sont les Ottomans qui sont concernés.

Le jeune Iskander, chrétien d’Albanie, voit sa famille massacrée et dispersée, lui-même intégrant de force le corps des Janissaires. Au cours de sa formation, il est confronté à l’intolérance religieuse, en l’occurrence celle d’un islam jaloux de son exclusivisme. Il fait surtout la rencontre d’un certain Vlad Basarab, le fameux Vlad Tepes, personnage historique ayant inspiré la création du mythique Dracula à Bram Stoker. Tous deux se lient d’une amitié aussi étonnante que profonde, unis qu’ils sont par le sang de leurs proches et leur qualité de libre-penseur. Ils décident alors de trouver refuge à Constantinople, se retrouvant aux premières loges, en cette année 1453, de l’offensive lancée par le sultan Mehmet II sur le dernier bastion de la civilisation byzantine. C’est le caractère impitoyable de Vlad, son intelligence tactique également, qui vont permettre aux forces chrétiennes de tenir face à l’armée ennemie. Le temps gagné, ainsi que le stratagème imaginé pour débarrasser le basileus de ceux de ses dignitaires hostiles à toute réconciliation avec Rome, permet aux renforts venus de la chrétienté catholique de porter le coup de grâce aux forces ottomanes.

De prime abord, cet épisode peut surprendre. Certes, la présence de Vlad Besarab, qui a droit à quelques allusions transparentes (son attrait pour le supplice du pal, ou le moment où il mord la jugulaire d’un artilleur renégat), renforce la violence voire la sauvagerie des affrontements, souvent bien rendus. Une telle figure a d’ailleurs tendance à éclipser au moins en partie le personnage d’Iskander, nourrissant une vengeance plus froide. Profitons-en d’ailleurs pour préciser que la qualité du dessin, tout à fait honorable, s’accompagne d’une police d’écriture un peu artificielle, comme disjointe du graphisme. Mais après tout, à un moment où la puissance byzantine n’est déjà plus que l’ombre d’elle-même, éviter la chute de Constantinople ne se résume-t-il pas à un simple sursis ? La critique des haines religieuses, thème important, n’est en outre pas véritablement nouveau pour les scénaristes de Jour J.

Cependant, les développements des dernières pages, avec la tenue d’un concile, dirigé conjointement par le basileus et le pape, visant à réunifier les chrétientés séparées depuis le Grand Schisme de 1054, ouvre sur une divergence aux conséquences possiblement plus larges. Dans cette optique, Les Ombres de Constantinople servirait avant tout de prélude dynamique au Concile pourpre, second volet pour lequel il faudra tout de même patienter encore plusieurs tomes…

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